Le vieux Passay

Le vieux Passay

Ah ! Le vieux Passay ! Si Florian, mon petit frère en avait peur, et se cachait derrière moi, lorsqu’il nous apparaissait au coin de la rue, pour moi, il était une source inextinguible de curiosité, et je ressentais en le voyant un mélange de fascination teintée de peur.
Il faisait partie de notre paysage quotidien, lorsque nous revenions de l’école à pied. Il était là à sa porte, grand dadais dégingandé d’un âge certain, l’œil bleu et pétillant et nous regardait venir, les deux-trois autres enfants qui entamions la pente, et il nous encourageait de sa voix de stentor d’un petit mot rieur: « Ah ! La voilà la bande d’écoliers ! Allez courage Manu ! Et toi la miss ! Allez matelots ! Ho ! Hisse ! Encore un petit effort ! ».
Il finissait par tous nous faire rire, et lorsque nous parvenions enfin à son niveau, lui qui était tranquillement assis à sa porte, nous étions encore plus essoufflés !
Il était surprenant. Parfois il avait des mots ou des gestes qu’on ne comprenait pas bien.
-Viens plus près ! Toi! Renardeau ! lançait t-il à l’un d’entre nous ! Ce qui avait pour effet immédiat de nous faire reculer, et nous repartions un peu plus vite en disant, et en rigolant : – Il est fou ce Passay ! Eh ! Renardeau ! Et ce petit mot inhabituel devenait une balle qu’on se lançait tout le long du chemin. Cela nous faisait passer un peu plus vite le temps, car le chemin était long et pentu !
Le vieux Passay, jovial et bizarre, rigolard et l’œil bleu, très souvent assis à sa porte, ou nous saluant debout avec son accent traînant fut longtemps pour moi une sorte de mystère vivant. Un personnage, qui sortait un peu de l’ordinaire, qui semblait passer beaucoup de temps à ne rien faire, et qui nous régalait de petits mots rigolos.
Ca, c’est un assomme mites ! nous disait t-il pour parler de sa tapette à mouches ! En chœur, nous répétions ‘un assomme mites ! Quoi ? N’importe quoi !’ Nous partions alors d’un rire un peu moqueur, et nous prononcions ce mot avec une sorte d’extase ! Ce mot incompréhensible, qu’il avait juste inventé pour nous, pour nous faire rire ! Tout ça pour que nous passions quelques minutes de plus avec lui !

Petit texte né d’une contrainte d’écriture, et qui a fait resurgir un personnage de mon enfance, dont je ne me rappelle plus le nom.

La mort, une effraction

La mort entre souvent dans nos vies par effraction. Brutalement. Comme une voleuse. Qu’il s’agisse de la mort de nos proches, ou même la mort de moins proches.

Comme cette jeune femme croisée à plusieurs reprises dans le cadre d’activités professionnelles. Une jeune femme au bonheur insolent, joyeuse, en bonne santé, et qui avait jusque là bien mené sa vie : une vie professionnelle riche, une jolie famille avec trois enfants, amoureuse de son mari, appréciée par ses amis, ses voisins, douée pour l’art de la poterie, en un mot douée pour la vie. Lumineuse. Presque arrogante de bonheur.

Et puis un mot. ‘Maladie orpheline’. Qui tombe un jour, comme ça, du jour au lendemain. Et tout d’un coup, le corps qui ne répond plus aussi bien. Le cœur, qui dit-on se met à grossir étrangement, comme le poumon-nénuphar de Chloé dans l’Ecume des jours. Et six mois après, la mort l’emporte. Laissant un grand vide derrière elle, un grand déséquilibre dans sa petite famille, et beaucoup de stupeur parmi ses proches et ses moins proches.

Comment la vie peut t’elle nous être reprise aussi vite qu’elle nous est donnée ?
Un jour, on ouvre les yeux : on est vivant, et commence le long apprentissage de la vie. Un jour aussi, on ferme les yeux, mais de ce jour là, on n’en est rarement maître, et tant que la maladie ne nous a pas vraiment atteint ou si peu, on peut presque se croire ‘immortel’. La mort repoussée ‘aux calendes grecques’. On croit avoir tant d’années, tant de temps devant soi…

Et puis, tout d’un coup, la mort frappe comme ça, brutalement, quelqu’un qu’on a peu connu, mais qui était ‘l’image du bonheur’, l’image de la femme épanouie dans sa vie. Une femme un peu agaçante parfois, comme tous ceux qui sont doués pour la vie, qui ont cette confiance incroyable en eux-mêmes et en la vie, ce qui leur donne d’ailleurs la capacité de tout réussir. Mais l’on ne peut s’empêcher de penser que c’est injuste. Pourquoi elle ? Pourquoi à 43 ans ? Pourquoi cette personne lumineuse et créative ? Et pourquoi pas ?

La mort est inexplicable. Elle est comme un rocher qui vous tombe dessus. Dure. Abrupte. Mais parfois, plus encore pour ceux qui la vivent par contre coup. Qui doivent surmonter la disparition de la personne décédée. Se reconstruire. Retrouver un nouvel équilibre. Faire avec ou plutôt sans. Combler le, les vides.

Surmonter le deuil, et se projeter à nouveau dans la vie sans l’autre. Sans celui ou celle qui a fait partie de notre vie. Réapprendre à vivre seul(e), c’est comme réapprendre à marcher. Lorsqu’on a vécu quelques années ou de nombreuses années à deux, il faut ré-apprivoiser son ‘Un’. Pour le meilleur et pour le pire. Souvent d’ailleurs, pour le meilleur. Comme si celui-ci s’était parfois un peu trop dilué dans le ‘Deux’.

La mort, une effraction. La mort de cette jeune femme, que j’ai peu connue, mais dont la nouvelle de la mort m’a frappé de stupeur. Réactivant sans doute une autre mort, un autre deuil, proche celui-là. La mort, qu’on trouve toujours injuste. Comme si on nous avait retiré la meilleure partie de nous-mêmes.

Et qui réveille en moi la petite fille colérique qui tapait du pied dans les cartons, lorsqu’elle n’avait pas ce qu’elle voulait. On ne peut pas taper du pied dans la mort comme dans un carton. On peut ‘rager’ certes devant cet incroyable mystère, mais on est obligé de ‘faire avec’. Faire avec l’absence. Faire avec la mort, comme on fait tous les jours avec la vie, qui n’est pas toujours ‘un long fleuve tranquille’, ni une partie de plaisir.

Les petits instants volés

Photo : cc by-nc-nd www.Photo-Paysage.com

Photo : cc by-nc-nd http://www.Photo-Paysage.com

Les petits instants volés. Les petits bonheurs de la vie. Les petites choses qui vous épinglent un sourire sur les lèvres sans raison particulière. Juste comme ça. Se sentir heureux d’être là, d’être au monde, d’être vivant.

Un chat qui dort, comme un gros pacha. Tigrou le bienheureux. Un rayon de soleil qui illumine la pièce. Une explosion de feuilles d’iris d’un beau vert pâle, là-bas dans le jardinet qui enflamme les yeux.

Hymne au retour du printemps. La nature joue ses gammes, et chaque jour, de nouvelles plantes surgissent de la terre ou croient un peu plus, de nouvelles couleurs embellissent le paysage quotidien, affolant les yeux et les cœurs.

Cette exubérance de la nature, et son incroyable vélocité (comme les rameaux de vigne qui du jour au lendemain se couvrent de quantité de feuilles vertes) ont quelque chose de miraculeux.  Miracle renouvelé du retour du printemps. Quand le paysage brun se tâche de couleurs vives, quand les bois touffus accueillent les verts, les jaunes, les blancs, les rouges. Pour le plaisir des yeux et des poumons.

Pas d’hésitation, pas de tergiversation, pas de dépression. On dit juste ‘Merci la vie’. Merci de pouvoir assister encore et encore à ce miracle perpétuel de la nature. Merci d’avoir la chance d’être témoin de ce renouveau. Merci juste d’être là, et de pouvoir s’en remplir les yeux, et les sens.

Les yeux, fragiles, qui ont un peu de mal avec ce nouveau soleil. Qui recherchent le dieu Râ, mais qui doivent s’en protéger à la fois. Sentir la douce morsure du soleil sur la peau, qui voudrait se découvrir, mais qui n’ose pas encore. Dans cet entre-deux.  Entre les épluchures de l’hiver, et la peau satinée du printemps. Peau d’orange.

Le bonheur est parfois juste là à portée de main, à portée de regard. Félicité. Pas besoin de grand-chose. En harmonie avec soi-même, en harmonie avec le Vivant. Se sentir pure énergie, et vibrer à l’unisson avec les êtres qui nous entourent, qu’ils soient humains, végétaux, animaux. Se sentir petite étoile dans la grande constellation de la vie.

Des phares dans la nuit

Des phares dans la nuit. Dans le cocon de la voiture. A l’arrière de la R12. Sensation d’irréalité. Etre dans le noir. Voir la tête de papa, de maman en ombres chinoises. Que le noir et les phares jaunes-blancs au loin, qui se rapprochent de plus en plus, nous croisent, nous douchent de lumière un instant, donnant corps aux êtres qui m’entourent-mes sœurs endormies comme des masses-puis s’éloignent, et nous replongent dans le noir.

Cette douche de lumière attendue, comme une invite. Tout d’un coup, l’habitacle de la voiture était mis en lumière. Un bref instant, je pouvais voir ma main, une partie du visage de ma mère, l’épaule de ma sœur qui s’était lourdement endormie contre moi, l’arrière du siège de papa, et dans ce moment d’ennui ou de demi-sommeil, le croisement avec une voiture devenait presque un jeu. Jouer avec les pans d’ombre ou de lumière, qui remplissaient la voiture.

Des kilomètres on en avait parcouru ainsi. La nuit, à l’arrière de la voiture. Dans ce no man’s land que devenait la nationale bordée de platanes. Sur ces routes étroites et sinueuses, la présence des autres voitures que nous croisions feux de route allumés, puis feux de croisement prenait une ampleur démesurée.

Ce moment particulier dans la voiture silencieuse, ou comme si. Bercée par la voix des parents. Par bribes. Avant le sommeil. Les paupières qui s’alourdissent, et le corps qui lutte contre l’endormissement. Ce moment particulier. Etre enveloppée par le noir, toujours assez effrayant pour l’enfant peureuse que j’étais, et en même temps se sentir rassurée par la présence des parents, qu’on ne voit pas vraiment, mais qu’on sent, à quelques pas de soi. Se sentir au chaud, comme dans le ventre maternel, et leurs bribes de conversation devenaient musique jusqu’à ce que Morphée finisse par m’attraper.

Mon père, au volant, de sa conduite nerveuse, rapide, mais rassurante à la fois. Chantonnant. Du matin jusqu’au soir, mon père chantonnait. Du simple ‘hum, hum’ à un ‘hum, hum’ un peu plus développé. Cette façon particulière qu’il avait, et qu’il a toujours de vivre en chantonnant. Sans être un mélomane pour autant. Comme si c’était sa façon à lui d’être au monde.

La tête de ma mère, dodelinant sur l’appui-tête, comme une chatte amoureuse, le bras sur le haut du siège de son homme. Ma mère a été, et est toujours restée ‘folle amoureuse’ de cet homme là, et dans ces années là, ces années ‘bonheur’, ces années de la petite enfance, où tout roulait entre eux, il faisait bon de se sentir enveloppée dans leur amour. Ils étaient mes héros, mes modèles, mes repères. Ils pouvaient vaincre les ténèbres, ils étaient les sentinelles, les gardiens de nos vies.

A peine étais je endormie, qu’il fallait déjà se réveiller. ‘Ca y est ! On est arrivé !’, et c’était cruel de quitter l’habitacle de la voiture, où il faisait chaud, où nous avions fini par nous endormir en cascade les unes sur les autres, et devoir se lever, sortir dans le froid, à la lumière criante des phares était éprouvant. Mettre un pied devant l’autre, s’accrocher à la balustrade, attendre derrière les jambes de maman, qu’elle veuille bien ouvrir la lourde porte de bois, entrer dans la cuisine froide, grimper l’escalier pentu et casse-gueule, se soulever un peu pour atteindre la poignée de la porte de la chambre glacée- il n’y avait pas de chauffage- grimper sur le lit de bois, se glisser dans les draps froids, et enfin s’ensevelir sous l’édredon de plumes. Une odyssée en quelque sorte.

Finir par fermer les yeux, et en flashs, revoir la route, les phares au loin, hypnotisant, et se laisser glisser à nouveau dans le sommeil.

L’Instant de grâce

L’instant de grâce. Moment d’apesanteur. Quand tout d’un coup, ce n’est plus vous qui agissez, mais que vous êtes agi. Ce n’est plus vous à ce moment là qui tenez le pinceau, le crayon, ou qui êtes l’acteur de l’activité intellectuelle et physique entreprise, qui d’habitude demande des efforts, ou de la persévérance.

Non, tout d’un coup, les choses se font toutes seules. Vous êtes comme spectateur du ‘petit miracle’ qui se produit, et vous avez une sensation de facilité incroyable. Avoir l’impression d’être sur un petit nuage, ou d’être spectateur des choses que vous réalisez, car c’est quand même bien vous qui êtes là en chair et en os, et qui tenez le pinceau, le crayon, qui dansez, qui chantez, qui jouez, qui faites des sauts périlleux…, mais c’est comme si quelqu’un d’autre vous habitait et faisait les choses pour vous, qui vous les susurrait à l’oreille, qui guidait votre crayon ou votre pastel, votre corps avec une justesse jusque là inégalée .

Sensation de dédoublement. Sensation miraculeuse. Sensation d’avoir été visitée par les ‘dieux’. Cela ne dure généralement pas très longtemps, mais quand cet instant survient, vous avez juste eu l’impression de vivre ‘une expérience incroyable’. Quelque chose qui vous dépasse, vous et votre petite carcasse d’être humain. Quelque chose de transcendant, de l’ordre du divin, de façon très ‘païenne’ d’ailleurs. Pas besoin de croire en un dieu pour vivre cette expérience divine, et qui vous fait dire ‘Merci la vie !’.

L’instant de grâce peut aussi se vivre à deux dans une relation. Instant magique, qui peut sceller à vie une relation. Pour ce bref instant d’incandescence vécu ensemble. Quand tout se met en place parfaitement. Quand le rêve prend réalité.

Incandescence. Feu. Coup de foudre. Etrangement, ces instants sont reliés au feu. Le feu qui nous habite. Le feu que l’on peut vivre avec l’autre. Le feu de la création. Le feu créateur, et non pas destructeur.

L’instant de grâce peut aussi être vécu collectivement. L’Ukraine a vécu un instant de grâce dans la nuit de samedi dernier. Quand le dictateur s’est enfui, laissant le champ, je l’espère, à la démocratie. C’est un autre petit miracle quand les peuples réussissent à faire plier bagage à leurs dictateurs…

En filigrane

objets-volants

En filigrane. J’aime ces mots. Ils sonnent, et ils m’évoquent des moments, des sensations ressenties, enfouies qui ne demandent qu’à remonter à la surface. Ce qui est en filigrane, en transparence. Ce qui est là sans être là. Ce qui se laisse deviner.

Comme lorsque vous entrez dans une pièce pour la première fois, dans une famille que vous ne connaissez pas. C’est étonnant comment
lorsqu’on est à l’écoute on peut tout lire, tout voir, ou presque de ce qui se joue entre les personnes de cette famille. Les tensions, les énergies positives, et négatives, les accointances, les incompréhensions, les non-dits….

Et bien plus que lorsque vous connaissez les personnes de cette même famille. Lorsque vous avez un lien avec eux, alors, votre clairvoyance n’est plus la même, car vous êtes imbriqué dans les fils de la/des relations avec chaque membre de cette famille, et à votre tour, vous essayez de vous positionner vis-à-vis des uns et des autres. En filigrane.

C’est fou tout ce qu’on peut percevoir. Impression de tout sentir, de tout voir, de lire les pensées des uns et des autres, de sentir le fragile équilibre de la relation, des relations. Comme si on était en mode ‘enregistreur’. Cela en fait presque mal. Comme si tous les pores de sa peau, de son propre visage devenaient malgré soi objet d’enregistrement. Pas toujours consciemment. Mais un jour, cette impression très forte ressentie à ce moment là, vous la transcrivez sous une forme ou une autre.

Et qu’importe si vous-mêmes, vous êtes l’attention de tous les regards. Vous êtes l’étranger, vous êtes à la place de Candide, et vous voyez tout. Ca n’arrive pas tout le temps. Mais lorsqu’on a la place de l’étranger dans une famille, qu’on a ce regard neuf sur un petit monde clos avec son lot d’incompréhensions, d’amours et de désamours, de non-dits qui pèsent une tonne, c’est fou comment dans les cinq à dix premières minutes on voit tout. Et peut-être est-on nous-mêmes mis à nu par les regards de ces inconnus, mais je ne crois pas. C’est vraiment une expérience unique, et qui a lieu presque à chaque fois que personnellement, je me trouve dans cette position là. Etre l’étrangère, arrivée par hasard, par inadvertance, au mauvais ou au bon moment-qui sait ?-, et cette sensation physique très particulière d’être en mode ‘enregistreur’. Par les yeux, les oreilles, les mains, le corps, le nez…. Et comme nous sommes tous faits de la même matière, j’imagine que cette expérience doit être partagée par d’autres dans les mêmes circonstances.

Avoir vraiment tous les sens en alerte.Avoir cette impression de lire distinctement tout ce qui ne se dit pas, tout ou presque, ou les grandes lignes de ce qui se cache entre les mots, tout ce qui se devine. En filigrane. Comme si nous étions le ‘révélateur’, ce produit magique qui fait apparaître l’image sur le papier photographique dans la photographie argentique.

En filigrane. Deux petits mots qui portent en eux bien des mondes secrets, comme les faces cachées des icebergs. Ces montagnes sous la mer. Nous, êtres humains sommes des sortes d’icebergs, qui glissent sur l’océan de la vie. Ce que nous montrons parfois de nous-mêmes ne représente que dix pour cents de ce que nous sommes. Parfois, plus, heureusement. Parfois, nous nous dévoilons. Un instant seulement. Comme une image photographique. Photographie de l’instant.
En filigrane.

La valise bleue ou la 2CV rouge de maman

La valise bleue de maman

Qui n’a pas dans un coin de sa mémoire le souvenir d’un objet relié à une personne, et qui englobe toute la personne à ce moment là ? Pour certains, c’est la valise bleue de maman, synonyme d’un temps précis de l’enfance par exemple, la préparation des bagages pour les vacances, ou le départ  sans retour de la maman en question, l’objet devenant un raccourci de ce petit ou grand drame ou petit ou grand bonheur de la vie…

La 2 CV rouge de maman

Pour moi, ce n’est pas une valise bleue, mais une deux chevaux rouge qui dirait le mieux  ma mère jeune femme. Tous ces trajets  quotidiens de l’école à la maison, de la maison à l’école dans cette voiture brinquebalante, avec sa conduite à elle, nerveuse et drôle à la fois. Pendant longtemps, j’ai crû qu’il  fallait conduire le volant d’une voiture très énergiquement, car je voyais ma mère bouger tout le temps son volant, dans un petit mouvement constant de gauche à droite, ce qui était en fait sa façon à elle particulière de la conduire, et qui faisait pester la plupart des autres adultes passagers.

La poésie de la 2CV

2CVrougeLa 2CV rouge, la voiture odyssée, la voiture romanesque, la voiture comique, la voiture insecte rouge… Toute la poésie de cette voiture avec son petit pare-brise, ses portes qui claquent, son bruit de moteur ronflant, son ‘toit décapotable’, son plancher à trous.  La voiture porte-bonheur, la voiture de la petite enfance, d’abord très grande, puis de plus en plus petite au fur et à mesure qu’on devenait plus grand soi-même.

L’aller-retour de l’école à la maison

Ce moment particulier de l’enfance aussi. Tous ces allers retours de la maison à l’école parfois joyeux, parfois énervés, parfois en larmes, parfois calmes, parfois ennuyants…  Avec une sœur, puis deux sœurs. Souvent avec du retard. Les départs précipités, les énervements, les cris, les rires, les blagues, les récitations, les chansons, les réflexions, les ‘gros mots’. Et les cartables, les blouses, les crayons. Avec  toutes les couleurs de l’arc-en-ciel des émotions, de la peur à la joie d’aller à l’école. La difficulté de quitter l’habitacle de la voiture, ou au contraire, la hâte de retrouver les copines. Le sourire de maman heureuse avec sa petite tribu…

Maman dans la 2 CV rouge

S’il y a une image qui pourrait résumer ces années de la petite enfance- les années bonheur de ma mère, c’est maman au volant de sa 2CV, qui klaxonnait dans les virages pour notre plus grande joie ‘Encore, encore !’,  son profil, son sourire, sa coupe de cheveux de brunette des années 70 (coupés très courts), ses robes à fleurs, ses pulls col roulé à rayures… et une fois que nous avions été déposées devant la petite cour de l’école et ses platanes, je la voyais repartir avec un pincement de cœur. Pourvu qu’elle ne nous oublie pas ou qu’elle vienne nous rechercher à quatre heures et demie, et non pas à quatre heures quarante-cinq !  Vivement que l’école soit finie !

Valise bleue ou 2 CV rouge, il y a des objets, des vêtements qui sont associés pour toujours dans un coin de notre mémoire à des personnes, à des événements précis de nos vies, quelques soient ces temps de la vie… Comme  si l’objet, la voiture, le vêtement pouvaient condenser tous les souvenirs heureux ou malheureux de cette période de notre vie à ce moment là.

Les aléas de l’inspiration

 

Ecrire sur …rien, ou plus exactement sur les petits riens de la vie, qui mis bout à bout dans une journée font un tout. Quand l’inspiration ne vous guette pas, comme un chat son oiseau, mais plutôt quand elle vous tombe dessus. Comme un pot de fleurs du 3ème étage.

Et toujours au pire moment, quand vous êtes au volant, et qu’en arrivant dans un parking vous emboutissez l’arrière train de la voiture avant-un phare arrière cassé-, qu’en reculant, vous arrachez votre rétroviseur, et que vous êtes déjà là à maudire ‘cette journée de merde’ qui commence super mal, là, vous avez une super idée, l’Idée, la brillante idée, qu’il faudrait à tout prix noter pour ne pas oublier, mais déjà arrive le propriétaire furieux de la voiture, que vous avez abîmée, et comme vous êtes légèrement, un peu coincée…il va falloir l’affronter. D’autant plus que ‘mal barrée’ comme vous l’êtes, encore une marche arrière, et c’est une deuxième voiture que vous emboutissez, et un deuxième rétroviseur que vous arrachez. Donc, sortir un petit carnet à ce moment là, et noter l’idée de passage-en plein vol –autant dire que c’est absolument impossible.

Petit numéro de charme passé-il vous reste encore ça !- la voiture désengagée par le Monsieur, qui s’est calmé, va savoir pourquoi et qui a bien voulu faire le créneau à votre place, finalement vous ne vous en êtes pas trop mal tiré- un phare à rembourser-vous quittez ce ‘p…..’ de parking, où vous n’auriez surtout dû pas mettre les pieds, et bien sûr la belle idée s’est envolée, elle s’est fait la malle, la pie voyageuse, et vous renoncez à votre rendez-vous d’Urssaf. Une prochaine fois. Pas trop d’épreuves à la fois !

Et bien plus tard, dans la soirée, quand vous vous retrouvez face à vous-même, quand les yeux sont sur le point de se fermer, Cling-Cling-Cling, l’idée sur son beau cheval blanc revient au galop. Libre à vous de vous endormir dessus, vous en rêverez, et vous la retrouverez encore plus fraîche demain matin, ou alors, rantanplan, vous essayez d’attraper le stylo, là-bas, derrière la pile de livres, mais il faut d’abord tendre le bras, escalader l’oreiller, et plaf, la lampe de chevet qui tombe, et plong, le verre d’eau qui se déverse sur le livre à terre, et patatras, vous vous prenez les pieds dans la couette. Plongée par terre, la tête la première ! Lorsqu’à moitié assommée, vous revenez à vous-même, là, vous vous dites : ‘Bon, finalement ! Il y a des jours, où mieux vaut les laisser passer les idées, brillantes ou pas !’ La bosse, qui vient de me pousser sur le front va en faire pousser de nouvelles, je l’espère, et un peu moins dangereuses !

The End.

Elle court, elle court la rumeur

 

Elle court la rumeur

En moins d’une semaine, deux rumeurs ont défrayé la chronique : celle, concernant Valérie Trierweiler, qui avait soi-disant saccagé l’Elysée lors de sa scène de ménage avec François Hollande -3 millions d’euros de dégâts selon ces drôles de sources-, et celle qui concerne les écoles qui enseigneraient soi-disant ‘l’étude du genre’ dans les maternelles et les écoles primaires, ce  qui a eu pour conséquence  que les parents-convaincus par la rumeur-retirent leurs enfants de l’école, et cela donne lieu  en ce moment à de nombreux débats sur cette question.

La rumeur virale

Il y a quelque chose d’assez effrayant dans cet aspect viral de la rumeur. Une fausse information, vite reprise emballe le web en quelques heures, et l’on finit par douter de la vérité. Qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui est faut ? Qui doit t’on croire ? Il faut alors de sérieux démentis des uns et des autres pour que la vérité soit rétablie.

Sommes nous crédules ?

On peut se demander sur quoi elle se fonde, sur quel terrain elle est semée pour trouver ainsi des esprits sains et normaux, prêts à croire facilement des choses un peu ‘incroyables’ dans d’autres circonstances. Sommes nous tous devenus des moutons de Panurge ? Prêts à sauter de la falaise, prêts à croire n’importe quelles sornettes, parce qu’elles se sont répandues comme une ‘traînée de poudre’ sur le web ? Dans quel climat de défiance vivons nous pour que ce genre de fausses informations puisse être crues, relayées, sans un minimum de vérification des faits ?

Il y a quelque chose d’assez effrayant dans tout ça, et cela donne sérieusement à penser sur les informations ou fausses informations qu’on trouve sur internet. Il va falloir à nouveau bien entraîner sa capacité à douter pour ne pas se retrouver agent, et ‘colporteur’ de la rumeur à son tour.

Apprendre à douter pour ne pas être désinformé

Cela donne sérieusement à penser aussi sur ce climat de défiance qui règne ça et là, sur ce terreau, où peuvent croître si facilement de fausses informations. On peut aussi s’interroger sur les intentions de ceux (individu ou groupe d’individus) qui sont à l’origine de ces rumeurs. A l’heure d’internet, la rumeur peut devenir une sacrée arme dans les mains de personnes malveillantes, et notre république me semble un peu secouée en ce moment. Un peu fragile. Attaquée de toutes parts. A nous d’exercer notre vigilance, et notre droit à être informé, et non pas d’être ‘désinformé’.

Ps:  Ceci n’est pas un réquisitoire contre internet. Je suis la première à l’utiliser toute la journée, mais plutôt de son mauvais usage !

Sois belle, sois toi-même ! ou l’histoire de Lizzie Velasquez

Lizza Velasquez, une jeune femme courageuse

Sois belle, sois toi-même

Dans notre monde d’aujourd’hui assez cruel, où l’apparence compte plus que tout, où la beauté a été érigée comme critère absolu, l’histoire de Lizzie Velasquez est remarquable.

Qui est Lizzie Velasquez ?

Cette jeune femme de 23 ans, atteinte d’un syndrome rare, qui l’oblige à s’alimenter toutes les 15 mn sans pourtant prendre aucun gramme de poids, au corps et au visage très émaciés et disgracieux, qui ne voit que d’un seul œil, et dont l’image sur Facebook a été associée outrageusement aux mots ‘Femme la plus moche du monde’ a du courage et de l’humour à revendre.

De son handicap, elle en fait une force

De son handicap, elle en a fait une force. Intelligente, talentueuse, elle a écrit un livre- Be beautiful, Be yourself –qui retrace son parcours et les difficultés qu’elle a rencontré jusqu’à aujourd’hui avant de s’accepter elle-même, et de tirer partie de son infirmité.

Elle parle aussi du ‘skinny bashing’, ou comment les ‘maigres’ sont harcelées, et de la violence qu’elle a subie lorsqu’à 15 ans elle a vu sur un site une vidéo d’elle, la citant comme la ‘femme la plus laide du monde’. Tout cela, elle l’a surmonté, grâce  aussi à une famille aimante, qui l’a toujours chérie telle qu’elle était, mais aussi grâce à son intelligence et à sa force de caractère.

Une star outre atlantique

Outre atlantique, elle est devenue une star, et elle intervient maintenant en tant que conférencière dans des colloques, ou des meetings pour parler de son infirmité, et comment aller au-delà. Etonnante, drôle, fine, son éloquence nous fait vite oublier sa disgrâce, elle est un exemple vivant, et  elle est inspirante pour nombre d’entre nous qui n’ont pas connu le quart de ses souffrances ou humiliations. C’est un peu sa revanche à elle.

Son histoire a ému les américains, et de nombreux journaux et blogs ont relayé son histoire et son combat, soulevant des questions sur l’apparence, sur les notions de beauté et de laideur, sur le diktat de la beauté sur nos comportements, et sur la place qu’a la beauté intérieure dans notre société actuelle.

Beauté intérieure versus Beauté extérieure

Quand on lit les commentaires des articles qui ont eu trait à ce sujet, on est surpris parfois comment tout le monde  est d’accord sur cette notion de ‘beauté intérieure’, comment il faut ne pas se fier aux apparences, comment ‘au grand jamais’ on ne ferait jamais de discrimination sur ce critère, et que dans le cas d’un recrutement dans son entreprise, comment on donnerait toute sa chance à une personne comme elle, pourvu qu’elle soit compétente…

Je ne sais pas dans quelle mesure ces mots seraient suivis d’action, car on vit dans un monde bien particulier, où il y a une vraie dichotomie entre la réalité des magazines, et la réalité du monde. Ces fausses femmes parfaites, car retouchées via Photoshop, qu’on nous présente dans les magazines deviennent la réalité, et nous donnent des complexes, nous, les femmes réelles, sans retouches, et cela crée dans les têtes et dans les comportements des confusions, des ‘inaccessibles quêtes’… Et cela infuse ensuite dans tous les compartiments de la société…

 Lizzie Velasquez : un cas remarquable

C’est pourquoi Lizzie et ses livres, Lizzie et ses conférences est intéressante. On ne vit pas dans un monde parfait avec des êtres parfaits physiquement, ni intérieurement. On vit dans un monde réel avec des êtres imparfaits, et l’on ferait bien de temps en temps de mettre en avant des êtres, qui nous ressemblent et de mettre en avant d’autres valeurs que celles de l’apparence.

L’exemple de cette Lizzie est intéressante, parce que malgré son handicap physique pourrait t’on dire, le souvenir que l’on a d’elle lorsqu’on l’a vu et qu’on l’a entendu s’exprimer dans cette vidéo, c’est une belle fille lumineuse et courageuse. Elle a ce quelque chose de beau et de vibrant, de touchant et d’émouvant, qui la fait briller de l’intérieur.

Pour en savoir plus :

On peut retrouver des extraits de ses interventions sur You tube :

http://youtu.be/c62Aqdlzvqk

ou acheter son livre sur Amazon :

http://www.amazon.com/Be-Beautiful-You-Lizzie-Velasquez/dp/0764820796