La mort, une effraction

La mort entre souvent dans nos vies par effraction. Brutalement. Comme une voleuse. Qu’il s’agisse de la mort de nos proches, ou même la mort de moins proches.

Comme cette jeune femme croisée à plusieurs reprises dans le cadre d’activités professionnelles. Une jeune femme au bonheur insolent, joyeuse, en bonne santé, et qui avait jusque là bien mené sa vie : une vie professionnelle riche, une jolie famille avec trois enfants, amoureuse de son mari, appréciée par ses amis, ses voisins, douée pour l’art de la poterie, en un mot douée pour la vie. Lumineuse. Presque arrogante de bonheur.

Et puis un mot. ‘Maladie orpheline’. Qui tombe un jour, comme ça, du jour au lendemain. Et tout d’un coup, le corps qui ne répond plus aussi bien. Le cœur, qui dit-on se met à grossir étrangement, comme le poumon-nénuphar de Chloé dans l’Ecume des jours. Et six mois après, la mort l’emporte. Laissant un grand vide derrière elle, un grand déséquilibre dans sa petite famille, et beaucoup de stupeur parmi ses proches et ses moins proches.

Comment la vie peut t’elle nous être reprise aussi vite qu’elle nous est donnée ?
Un jour, on ouvre les yeux : on est vivant, et commence le long apprentissage de la vie. Un jour aussi, on ferme les yeux, mais de ce jour là, on n’en est rarement maître, et tant que la maladie ne nous a pas vraiment atteint ou si peu, on peut presque se croire ‘immortel’. La mort repoussée ‘aux calendes grecques’. On croit avoir tant d’années, tant de temps devant soi…

Et puis, tout d’un coup, la mort frappe comme ça, brutalement, quelqu’un qu’on a peu connu, mais qui était ‘l’image du bonheur’, l’image de la femme épanouie dans sa vie. Une femme un peu agaçante parfois, comme tous ceux qui sont doués pour la vie, qui ont cette confiance incroyable en eux-mêmes et en la vie, ce qui leur donne d’ailleurs la capacité de tout réussir. Mais l’on ne peut s’empêcher de penser que c’est injuste. Pourquoi elle ? Pourquoi à 43 ans ? Pourquoi cette personne lumineuse et créative ? Et pourquoi pas ?

La mort est inexplicable. Elle est comme un rocher qui vous tombe dessus. Dure. Abrupte. Mais parfois, plus encore pour ceux qui la vivent par contre coup. Qui doivent surmonter la disparition de la personne décédée. Se reconstruire. Retrouver un nouvel équilibre. Faire avec ou plutôt sans. Combler le, les vides.

Surmonter le deuil, et se projeter à nouveau dans la vie sans l’autre. Sans celui ou celle qui a fait partie de notre vie. Réapprendre à vivre seul(e), c’est comme réapprendre à marcher. Lorsqu’on a vécu quelques années ou de nombreuses années à deux, il faut ré-apprivoiser son ‘Un’. Pour le meilleur et pour le pire. Souvent d’ailleurs, pour le meilleur. Comme si celui-ci s’était parfois un peu trop dilué dans le ‘Deux’.

La mort, une effraction. La mort de cette jeune femme, que j’ai peu connue, mais dont la nouvelle de la mort m’a frappé de stupeur. Réactivant sans doute une autre mort, un autre deuil, proche celui-là. La mort, qu’on trouve toujours injuste. Comme si on nous avait retiré la meilleure partie de nous-mêmes.

Et qui réveille en moi la petite fille colérique qui tapait du pied dans les cartons, lorsqu’elle n’avait pas ce qu’elle voulait. On ne peut pas taper du pied dans la mort comme dans un carton. On peut ‘rager’ certes devant cet incroyable mystère, mais on est obligé de ‘faire avec’. Faire avec l’absence. Faire avec la mort, comme on fait tous les jours avec la vie, qui n’est pas toujours ‘un long fleuve tranquille’, ni une partie de plaisir.

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