Images de l’été

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Danser

Danser

Danser en étant présent. Absent. Entièrement. Avec engagement. Etre là à 100 pour cents. Danser comme un mort-vivant. Danser lentement, Rapidement. En tressautant.  En jouant, en criant, en pleurant. En riant,  En s’envolant, en sautillant, en tournant. En s’imbriquant. En hésitant, en fuyant. En rampant, en se jugeant, en se collant, en se touchant, en s’évitant, timidement, en s’extasiant.  En rêvant.

Danser ses tripes. Danser pour se libérer.

En corps à corps. Seul ou avec l’autre. Immergé en soi, ou accroché à l’autre. Raide comme un piquet. Avec des valises aux pieds. Danser avec sérieux. Danser avec fantaisie. Avec surprise. Avec poésie. Avec légèreté. En s’envolant.

Danser avec fatigue, avec émotion, avec humeur, colère, joie, tristesse, attitude, désespoir. Avec séduction.

Danser comme un pétale. Avec délicatesse. Avec grâce. Avec douceur.

Danser pour être vu. Danser avec arrogance.

Danser en accord, en désaccord

Danser pour être soi. Danser pour soi.

Danser les dents serrées, le cul serré, le visage fermé. Danser les yeux exorbités. Avec intensité. Les yeux fermés. En vérité. Pour exister. Avec brutalité. Avec sensualité, Avec générosité. Avec inventivité. Avec étrangeté. En étant incarné. En défiant la gravité. Avec légèreté. Avec agilité.

Avec souplesse. Avec grâce. Avec les bras, sans les bras. Les yeux perdus. Danser visage ouvert. Danser avec plaisir. Avec passion. En rythme. Danser la bouche ouverte. Le sourire radieux. En harmonie, en disharmonie, en arythmie.

Comme un robot, comme une tombe, comme une folle, comme une transe, comme un lutin, comme une fée, comme un exorciste, comme un rite vaudou, comme une expansion, comme une rétention. Comme un roi, une reine, un joker, un guerrier, un sage, une amoureuse. Avec des milliers de dictionnaires sur la tête. L’air benêt, heureux. Comme une bombe, une explosion, un pétard mouillé. Comme un déchaînement, un chaos. Comme une porcelaine. Sans jamais se décoiffer. Danser comme une rock star. Comme une goutte de rosée. Danser avec tout son dentier. Comme une vahinée. Comme un bulldozer.

Danser comme si c’était la dernière fois. A ne plus pouvoir s’arrêter. Danser pour vivre. Danser pour ne pas mourir.

 

Ps: Echo d’un stage de danse des 5 rythmes, où 140 personnes, jeunes et moins jeunes se sont côtoyées pendant 5 jours pour danser ou ‘mettre en mouvement’ leurs êtres, et c’est étonnant comment l’expression de soi peut prendre différentes formes, au-delà de la laideur, de la beauté, ou de la performance. Juste se mettre en mouvement.

Instantanés de l’année

Kaléïdoscope de l’année écoulée

Images, couleurs, sensations, sons, qui ont retenu mon attention cette année.

Jaune:

La couleur jaune, omniprésente ce dernier mois. Le jaune ‘gilet jaune’,  la vague de jaune, qui a déferlé sur la France, avec ses colères légitimes, et ses excès de violence, illégitimes aussi.

Rouge:

Au secours ma planète ! Tous les voyants sont au rouge, et nous dansons au bord du volcan. Atmosphère de fin du monde. Bruits de bottes un peu partout sur le globe, avec ces extrêmistes, qui arrivent au pouvoir ci et là, qui nous font revenir en arrière, et met en danger la paix, qui est déjà bien fragile.

Bleu:

L »océan se meurt du plastique, les mamiphères marins aussi, et nous aussi bientôt en bout de chaîne avec les micro particules de plastique, que nous finissons par ingérer.

Blanc:

Comme l’air du temps. Ce temps qui passe, et qui nous dépasse. Cinquante ans pour moi cette année. Un tournant dans une vie. Savoir qu’on entre dans la troisième page de sa vie, que le temps passe, et qu’il faut manifester ce qui doit l’être.

Vert:

La nature, malgré la pollution, la nature avec sa saisonnalité, sa faune, ses couleurs, ses odeurs, ses clameurs, ses douceurs, sa rudesse aussi est une consolation toute l’année. Un plaisir des yeux, des sens, du corps. Juste de se sentir vivante parmi d’autres êtres vivants.

Vert comme un arbre:

Un être vivant parmi d’autres. Comme les arbres, dont on a découvert l’intercommunication entre eux. L’intelligence des arbres.

Voir le livre La vie secrète des arbres, Paul Wohlleben, 2017, Et le film documentaire, L’intelligence des arbres.

 

 

 

 

 

 

Petit matin d’hiver

Petit matin d’hiver, petit matin doux et sans neige, sans froid et sans glagla, sans la lumière, et sans le bleu ciel des jours d’hiver enneigés.

Un jour avant noël, un jour gris, et sans reliefs, un jour-matière qui ne demande qu’à prendre forme.

Un jour à l’anormale douceur, un jour qui dit le ‘changement climatique’, un jour qui pourrait aussi bien être un jour d’automne ou du printemps.

Un jour un peu triste, mais calme, propice à la méditation, à l’introspection, ou à la création.

Un jour un peu vide, qui ne demande qu’à se remplir. De mots, d’images, de sons, d’émotions.

Un jour d’ennui peut-être, un jour sans programme, sans liste de choses à faire, de gens à voir, de buts à atteindre.

Un jour qui a le temps, qui donne du temps, qui ne compte pas son temps.

Un jour bilan peut-être, pour regarder derrière, pour mieux aller en avant. Un des derniers jours de l’année 2018, riche en couleurs, en émotions, en début de réalisations.

Un jour un peu mélancolique, comme cette lumière du ciel un peu fadasse, un ciel, qui ne donne pas envie de chausser ses bottes et d’aller marcher, un ciel, qui invite au cocooning, au repli sur soi, ou à l’expression de soi à travers les mots, les couleurs, les sons.

Un jour au ciel levant, un jour à la lumière changeante, un jour contrasté, un jour au ciel bien blanc, où viennent maintenant se découper en ombres chinoises les arbres nus.

Un jour d’ennui, mais de cet ennui, riche en possibilités, de cet ennui qui pousse à faire lever en soi les petites graines de la création.

Un jour invitation, un jour appel, un jour levain, un jour semence, un jour pouvoir, un jour action pour soi, un jour pour soi.

Pas si mal finalement pour un matin d’hiver un peu tristoune.

 

 

 

L’indicible

Ecrire sur l’indicible. Sur ce qui se passe à travers les yeux, à travers les corps, à travers les gestes, le souffle, sans passer par l’entremise des mots. Cette petite chose ténue, ou énorme qui se passe entre deux êtres humains en mode ‘attraction’, ou à l’inverse, en mode ‘répulsion’.

Notre animalité ressurgit alors d’un coup, d’un seul, et le vernis culturel, et la bienséance fondent comme neige au soleil. Dans le cas de l’attraction, l’on se retrouve face à face avec l’autre avec cette grosse fleur qui s’ouvre en soi, au niveau du plexus solaire, et cette envie folle de proximité, de contact avec l’autre. Parfois une envie d’embrasser cet autre, de contact physique plus grand,  malgré soi, et l’on cherche à comprendre ce qui se passe en soi. Parfois, heureusement cela est corroboré par l’autre, qui agit aussi bizarrement que soi, et cet état-là de ‘savoir sans le savoir’ crée pas mal de trouble, et de confusion. Et ce que l’on croit si bien cacher est ‘gros comme une maison’ pour ceux qui en sont témoins.

Décuplement des sens. La vue, l’odorat, le toucher, l’audition, le goût. Tout devient plus grand, plus fort, plus intense. L’odeur de l’autre, son souffle,  le toucher de sa main,  le frôlement de son corps, le son de sa voix, sa proximité qu’on sent à quelques mètres, ou ce creux dans le ventre. Un rien vous bouleverse, et vous êtes comme ces personnages de BD avec les yeux explosés, la peau hérissée dans le ‘bon sens du poil’,  les oreilles en pavillon, la bouche en feu, et d’autres parties du corps aussi réactives. C’est parfois dans ces moments-là qu’on atteint des sommets de ridicule, mais le ridicule ne tue pas, quand on est troublé, ou qu’on se rapproche de cet état dit ‘amoureux’. Assumons le ridicule !

Dans le cas de la répulsion, c’est aussi chimique entre les êtres. Pas besoin de mots pour sentir qu’il faut mettre de la distance avec cette personne-là. Parfois, même dès le premier contact. Et l’on se demande comment on peut ressentir du malaise, ou d’emblée une sensation négative vis-à-vis de cette personne qu’on ne connaît pas. Quelque chose aussi de très animal se passe là aussi, comme deux chats qui se font ‘Fouh’, ou dont le poil se hérisse. Electricité. Energie négative.

Tout revient à ça. A l’énergie. L’énergie qu’on produit. On est des boules d’énergie, d’électricité, de flux magnétiques, et l’aimantation peut se produire dans un sens comme dans l’autre. Avec des zones de gris aussi, car heureusement, on ne réagit pas toujours en noir et blanc, en attraction-répulsion avec les gens. Mais il y a tout un champ dans le non verbal, qui est assez passionnant à observer. Les mots sont parfois faibles par rapport au ressenti, ou à ce qui se passe entre deux corps étrangers dans le silence ou dans le bruit, à plus ou moins de distance. Avec aussi une marge d’erreur d’interprétation des signes émis, qui peut aussi provoquer d’autres malentendus.

Il y aurait presque une grammaire du non verbal à inventorier. Ce qui existe peut-être déjà. Les signes qu’on émet consciemment, inconsciemment. Lire les corps. Ce qu’on fait déjà sans doute inconsciemment, mais toujours avec ce point d’interrogation dans la tête ? Ai-je bien compris ce que j’ai vu ? Est-ce que je n’ai pas interprété ce signe émis, parce que moi-même je souhaite donner un sens particulier à ce signe ? Quand les émotions basiques comme la peur, le froid, le chaud, la joie, la colère viennent colorer ces signes, ils sont alors compris instinctivement de la même façon, que l’on vienne d’une culture ou d’une autre, mais il y a cette zone de gris dans l’interprétation des signes, lorsqu’on est soi-même bouleversé, ému, et que l’on n’est plus dans les couleurs primaires des émotions, mais dans le nuancier, dans les pastels et autres tons et demi-tons.

 

Se nourrir de rêves

Vous êtes vous déjà demandé ce qui était moteur en vous, ce qui vous faisait vibrer, ce qui vous faisait vous lever le matin, ce qui vous faisait briller les yeux ? L’amour, sans doute, mais tout le monde n’a pas de grand amour avec qui partager sa vie.

Je me suis donc posée cette question, au regard des années accomplies, et des années à venir, et je crois bien que chez moi, au-delà de l’amour de la vie en général, ce qui me fait me lever le matin le sourire aux lèvres, et l’envie d’entreprendre, quoique ce soit, de petites ou de grandes choses, ce qui est moteur en moi, c’est le rêve, l’inaccessible quête, comme chantait Jacques Brel. Et qu’importe si celui-ci est un peu éloigné, est inaccessible, le chemin que j’aurais pris pour m’en approcher m’aura bougé, m’aura nourri, m’aura fait accomplir ces quelques pas en avant, m’aura fait acquérir de nouvelles compétences, m’aura fait rencontré de nouvelles personnes. Et qu’importe si ce premier rêve s’évanouit, il est vite remplacé par un autre, peut-être un peu plus accessible, peut-être un peu moins fantasmé, peut-être un peu plus à ma portée.

Comme si je nourrissais toujours l’enfant en moi, et que cette petite fille en moi avait besoin de cette nourriture-rêves ou objectifs à atteindre-pour s’épanouir, pour faire que la vie vaille la peine d’être vécue. Et plus, l’on me dit: Non, ce n’est pas pour toi !, plus la petite enfant têtue en moi se dit: Et pourquoi pas ? Je peux essayer. Cela ne me tuera pas d’essayer. Et qu’importe si le temps passe, et que ce rêve est en effet inaccessible, cela ne m’aura pas empêché d’avoir vécu cette expérience, d’avoir tenté ma chance. Pas besoin de grands résultats. Juste la joie de l’accomplissement de ce rêve, le plus loin où j’aurais pu le porter. Et cela jusqu’à mon dernier souffle, en tout cas, je l’espère.

Une amoureuse de la vie en quelque sorte.