L’Instant de grâce

L’instant de grâce. Moment d’apesanteur. Quand tout d’un coup, ce n’est plus vous qui agissez, mais que vous êtes agi. Ce n’est plus vous à ce moment là qui tenez le pinceau, le crayon, ou qui êtes l’acteur de l’activité intellectuelle et physique entreprise, qui d’habitude demande des efforts, ou de la persévérance.

Non, tout d’un coup, les choses se font toutes seules. Vous êtes comme spectateur du ‘petit miracle’ qui se produit, et vous avez une sensation de facilité incroyable. Avoir l’impression d’être sur un petit nuage, ou d’être spectateur des choses que vous réalisez, car c’est quand même bien vous qui êtes là en chair et en os, et qui tenez le pinceau, le crayon, qui dansez, qui chantez, qui jouez, qui faites des sauts périlleux…, mais c’est comme si quelqu’un d’autre vous habitait et faisait les choses pour vous, qui vous les susurrait à l’oreille, qui guidait votre crayon ou votre pastel, votre corps avec une justesse jusque là inégalée .

Sensation de dédoublement. Sensation miraculeuse. Sensation d’avoir été visitée par les ‘dieux’. Cela ne dure généralement pas très longtemps, mais quand cet instant survient, vous avez juste eu l’impression de vivre ‘une expérience incroyable’. Quelque chose qui vous dépasse, vous et votre petite carcasse d’être humain. Quelque chose de transcendant, de l’ordre du divin, de façon très ‘païenne’ d’ailleurs. Pas besoin de croire en un dieu pour vivre cette expérience divine, et qui vous fait dire ‘Merci la vie !’.

L’instant de grâce peut aussi se vivre à deux dans une relation. Instant magique, qui peut sceller à vie une relation. Pour ce bref instant d’incandescence vécu ensemble. Quand tout se met en place parfaitement. Quand le rêve prend réalité.

Incandescence. Feu. Coup de foudre. Etrangement, ces instants sont reliés au feu. Le feu qui nous habite. Le feu que l’on peut vivre avec l’autre. Le feu de la création. Le feu créateur, et non pas destructeur.

L’instant de grâce peut aussi être vécu collectivement. L’Ukraine a vécu un instant de grâce dans la nuit de samedi dernier. Quand le dictateur s’est enfui, laissant le champ, je l’espère, à la démocratie. C’est un autre petit miracle quand les peuples réussissent à faire plier bagage à leurs dictateurs…

La valise bleue ou la 2CV rouge de maman

La valise bleue de maman

Qui n’a pas dans un coin de sa mémoire le souvenir d’un objet relié à une personne, et qui englobe toute la personne à ce moment là ? Pour certains, c’est la valise bleue de maman, synonyme d’un temps précis de l’enfance par exemple, la préparation des bagages pour les vacances, ou le départ  sans retour de la maman en question, l’objet devenant un raccourci de ce petit ou grand drame ou petit ou grand bonheur de la vie…

La 2 CV rouge de maman

Pour moi, ce n’est pas une valise bleue, mais une deux chevaux rouge qui dirait le mieux  ma mère jeune femme. Tous ces trajets  quotidiens de l’école à la maison, de la maison à l’école dans cette voiture brinquebalante, avec sa conduite à elle, nerveuse et drôle à la fois. Pendant longtemps, j’ai crû qu’il  fallait conduire le volant d’une voiture très énergiquement, car je voyais ma mère bouger tout le temps son volant, dans un petit mouvement constant de gauche à droite, ce qui était en fait sa façon à elle particulière de la conduire, et qui faisait pester la plupart des autres adultes passagers.

La poésie de la 2CV

2CVrougeLa 2CV rouge, la voiture odyssée, la voiture romanesque, la voiture comique, la voiture insecte rouge… Toute la poésie de cette voiture avec son petit pare-brise, ses portes qui claquent, son bruit de moteur ronflant, son ‘toit décapotable’, son plancher à trous.  La voiture porte-bonheur, la voiture de la petite enfance, d’abord très grande, puis de plus en plus petite au fur et à mesure qu’on devenait plus grand soi-même.

L’aller-retour de l’école à la maison

Ce moment particulier de l’enfance aussi. Tous ces allers retours de la maison à l’école parfois joyeux, parfois énervés, parfois en larmes, parfois calmes, parfois ennuyants…  Avec une sœur, puis deux sœurs. Souvent avec du retard. Les départs précipités, les énervements, les cris, les rires, les blagues, les récitations, les chansons, les réflexions, les ‘gros mots’. Et les cartables, les blouses, les crayons. Avec  toutes les couleurs de l’arc-en-ciel des émotions, de la peur à la joie d’aller à l’école. La difficulté de quitter l’habitacle de la voiture, ou au contraire, la hâte de retrouver les copines. Le sourire de maman heureuse avec sa petite tribu…

Maman dans la 2 CV rouge

S’il y a une image qui pourrait résumer ces années de la petite enfance- les années bonheur de ma mère, c’est maman au volant de sa 2CV, qui klaxonnait dans les virages pour notre plus grande joie ‘Encore, encore !’,  son profil, son sourire, sa coupe de cheveux de brunette des années 70 (coupés très courts), ses robes à fleurs, ses pulls col roulé à rayures… et une fois que nous avions été déposées devant la petite cour de l’école et ses platanes, je la voyais repartir avec un pincement de cœur. Pourvu qu’elle ne nous oublie pas ou qu’elle vienne nous rechercher à quatre heures et demie, et non pas à quatre heures quarante-cinq !  Vivement que l’école soit finie !

Valise bleue ou 2 CV rouge, il y a des objets, des vêtements qui sont associés pour toujours dans un coin de notre mémoire à des personnes, à des événements précis de nos vies, quelques soient ces temps de la vie… Comme  si l’objet, la voiture, le vêtement pouvaient condenser tous les souvenirs heureux ou malheureux de cette période de notre vie à ce moment là.

Les aléas de l’inspiration

 

Ecrire sur …rien, ou plus exactement sur les petits riens de la vie, qui mis bout à bout dans une journée font un tout. Quand l’inspiration ne vous guette pas, comme un chat son oiseau, mais plutôt quand elle vous tombe dessus. Comme un pot de fleurs du 3ème étage.

Et toujours au pire moment, quand vous êtes au volant, et qu’en arrivant dans un parking vous emboutissez l’arrière train de la voiture avant-un phare arrière cassé-, qu’en reculant, vous arrachez votre rétroviseur, et que vous êtes déjà là à maudire ‘cette journée de merde’ qui commence super mal, là, vous avez une super idée, l’Idée, la brillante idée, qu’il faudrait à tout prix noter pour ne pas oublier, mais déjà arrive le propriétaire furieux de la voiture, que vous avez abîmée, et comme vous êtes légèrement, un peu coincée…il va falloir l’affronter. D’autant plus que ‘mal barrée’ comme vous l’êtes, encore une marche arrière, et c’est une deuxième voiture que vous emboutissez, et un deuxième rétroviseur que vous arrachez. Donc, sortir un petit carnet à ce moment là, et noter l’idée de passage-en plein vol –autant dire que c’est absolument impossible.

Petit numéro de charme passé-il vous reste encore ça !- la voiture désengagée par le Monsieur, qui s’est calmé, va savoir pourquoi et qui a bien voulu faire le créneau à votre place, finalement vous ne vous en êtes pas trop mal tiré- un phare à rembourser-vous quittez ce ‘p…..’ de parking, où vous n’auriez surtout dû pas mettre les pieds, et bien sûr la belle idée s’est envolée, elle s’est fait la malle, la pie voyageuse, et vous renoncez à votre rendez-vous d’Urssaf. Une prochaine fois. Pas trop d’épreuves à la fois !

Et bien plus tard, dans la soirée, quand vous vous retrouvez face à vous-même, quand les yeux sont sur le point de se fermer, Cling-Cling-Cling, l’idée sur son beau cheval blanc revient au galop. Libre à vous de vous endormir dessus, vous en rêverez, et vous la retrouverez encore plus fraîche demain matin, ou alors, rantanplan, vous essayez d’attraper le stylo, là-bas, derrière la pile de livres, mais il faut d’abord tendre le bras, escalader l’oreiller, et plaf, la lampe de chevet qui tombe, et plong, le verre d’eau qui se déverse sur le livre à terre, et patatras, vous vous prenez les pieds dans la couette. Plongée par terre, la tête la première ! Lorsqu’à moitié assommée, vous revenez à vous-même, là, vous vous dites : ‘Bon, finalement ! Il y a des jours, où mieux vaut les laisser passer les idées, brillantes ou pas !’ La bosse, qui vient de me pousser sur le front va en faire pousser de nouvelles, je l’espère, et un peu moins dangereuses !

The End.

Joie

BallonsQuand le vent s’engouffre en vous, vous soulève, et vous maintient dans un état d’apesanteur !. Comme si un orchestre se mettait instantanément en branle, et que votre corps jouait de tous les instruments ! Les yeux mandoline, les joues banjo, le coeur percussion, le buste guitare, les jambes violon… Quand vous devenez vibration. Avec les êtres, avec la nature, avec les animaux… Si vous étiez un mets de cuisine, vous seriez un soufflé, une petite merveille d’oeufs et de fromage, mais un soufflé qui ne se dégonfle pas…

Quand la joie vous visite, et s’invite en vous, vous voudriez lui dire à ce sentiment : ‘Bienvenue ! et surtout, reste un peu mon beau ! Non, pas une  nuit seulement ! Non pas comme un amoureux volage ! Non, pas comme un visiteur du soir ! Bienvenue, et installe toi dans mon petit ‘chez-moi’ ! Je peux te faire la visite du propriétaire si tu veux !’  Mais la joie, comme toutes les couleurs de l’humeur n’est pas un oiseau qu’on encage, mais une merveille de versatilité, une Barbapapa, un nuage de sucre, un vent, ou une grande bourrasque qui vous soulève et vous emporte, et qui une fois envolée vous fait retomber brutalement sur le sol ! Préparez le parachute pour amortir la chute ! Avoir toujours sur soi son petit parachute anti tristesse, anti coups de blues !

Accueillir la joie en soi, mais aussi toutes les autres émotions, humeurs quand elles surviennent ! Après tout, nous ne sommes que des pages blanches traversées par ces écritures échevelées, par ces vents contraires, et comme l’arbre, il nous faut être bien enraciné pour ne pas être ébranlé par les trop grandes tempêtes, qu’elles soient de joie ou de tristesse. Comme un marin, garder le cap, viser le Nord, et ne pas se perdre en route ! Aller de l’avant, droit devant, car de toutes façons, nous sommes attendus au bout du chemin. Pas de retour en arrière possible ! Vivre son présent, et aller vers son futur droit devant !

arbre

Le lapin d’Alice

Le lapin d'Alice, image trouvée sur Facebook

Le lapin d’Alice, image trouvée sur Facebook

Il y a des images qui vous poursuivent, ou qui se sont incrustées en vous si profondément dans vos lectures d’enfant, qu’elles resurgissent à un moment donné ou à un autre dans votre vie d’adulte. Tel le lapin blanc et sa montre courant contre le temps dans cet album d’Alice au Pays des Merveilles, que j’avais. Album quasi incompréhensible, car l’adaptation était plus que raccourcie, et c’était en fait un résumé du livre où l’on voyait Alice dans des situations étranges et incompréhensibles, mais sans aucun lien entre elles. Cet album-rébus malgré tout a mis à l’épreuve ma curiosité d’enfant, et ce qu’il m’en est resté, plus qu’une histoire avec un sens, ce sont des images. Des images fortes. Porteuses de sens, rétrospectivement.

Comme le lapin d’Alice. Ce lapin et sa montre, métaphore du temps qui passe ou métaphore de la vie. Ce lapin peu sympathique que l’on poursuit dans un terrier, et qui d’aventure en mésaventure nous emmène plus loin, toujours plus loin. Ce lapin toujours pressé, qui fait ou qui dit des choses incompréhensibles, c’est un peu le cours de la vie même, qui nous porte, qui nous emporte, qui nous fait vivre parfois des choses surprenantes, imprévues, illogiques, et qui fait le charme de la vie même ! Cette part d’imprévu que chaque jour peut contenir pour le meilleur ou pour le pire. Cette course contre le temps, qui va bien plus vite que nous. Inéluctablement.

Le lapin d’Alice, ou l’image intrigante, curieuse, où le sens ne se donne pas d’emblée- mais un lapin, ce n’est pas habillé comme ça !, mais un lapin, ça n’a pas de montre !- toute cette part d’absurde et de fantaisie qu’elle contient, avec la multiplicité de ses lectures possibles est un défi pour l’esprit, pour l’imagination, et une petite pierre dans la construction de son propre édifice, de son propre imaginaire-univers.

Le lapin d’Alice, ce n’est pas une madeleine de Proust, c’est plutôt une petite lumière qui s’allume dans la tête, un pétillement des yeux, un Eurêka ! , une étincelle de l’esprit, comme une petite porte qui s’ouvre en soi, une nouvelle façon de faire, de voir les choses, un hymne à la nouveauté et à l’intelligence, un délire de mathématicien ou de musicien ! Quand l’abstraction devient émotion ! Quand l’image nous nourrit et nous féconde.

 

Un article intéressant à découvrir sur Le lapin blanc, et ce que cela représente sur : popenstock : http://popenstock.ca/dossier/article/le-saut-hors-de-la-matrice-la-poursuite-du-lapin-blanc

La râpe à fromage

Peut-on écrire sur tout ?

La vie parfois nous offre de petits défis. C’est ce qui m’arrive en ce moment, puisque je suis amenée à écrire des textes sur des thématiques très, très éloignées de mes préoccupations, et de mes goûts.
Passé l’obstacle ‘Beurk ! Je dois écrire sur ça ! mais qu’est-ce ce que je peux dire ?’, cela devient en fait un jeu, et un petit défi au quotidien. et l’on trouve en fait les ressources en soi et sur le net pour écrire sur presque n’importe quoi.

Et pourquoi pas sur la râpe à fromage ?
Petit clin d’oeil à mon père, qui lorsqu’il me rend visite voudrait jeter toutes les vieilles choses qu’il trouve sur son passage, et les remplacer par des nouvelles qui fonctionnent. Quoi une râpe à fromage en inox et et plastique ? Et qui fonctionne ? Beurk !

Mais où se trouve la poésie dans cet objet là ? Je préfère sans façon la vieille râpe en ferraille, qui doit bien avoir 40 ans avec son moulinet manuel et ses inscriptions gravées ‘MOULI GRATER Made in France’, qui n’est pas très efficacemouligrater certes, mais qui a le charme de l’ancien?

Quand je la regarde, elle me transporte en arrière, quand je n’étais pas plus haute que la table- cinq ou six ans- et que je regardais faire mon père, et que je lui disais : ‘Moi aussi, moi aussi, je veux le faire !’ , et que j’attendais avec impatience mon tour.

Moi, aussi j’allais pouvoir tourner le ‘machin’ qui transforme un carré de fromage en cheveux d’or, et cet engin qui paraissait d’usage si simple dans les mains de mon père ou dans celles de ma mère était en fait une vraie barbarie pour mes petites mains ! Ce n’était pas facile du tout ! Car d’un côté, il fallait tenir le rabat en fer pour que le morceau de comté frotte bien contre la râpe, et de l’autre, il fallait tourner le moulinet, qui à chaque fois était empêché par le trop gros morceau de fromage.

Quand j’y arrivais, c’était une joie ! Mais je n’y arrivais jamais seule. Il fallait bien une grosse paluche d’adulte, qui venait se superposer sur ma petite main pour m’aider à serrer le rabat pour que ça marche ! Mais quand ça marchait, Eurêka ! J’étais l’alchimiste qui venait de transformer le plomb en or, le chercheur d’or qui avait trouvé parmi ses cailloux la pépite, j’avais réussi à transformer un bloc de fromage en fils d’or, qui allaient rendre goûteuse ma soupe ou mes pâtes !

Je ne sais pas pourquoi non plus, cette râpe à fromage, je la relie aussi aux préparations de fête de noël de mon enfance. Une certaine lumière, une certaine chaleur dans la cuisine, une euphorie dans l’air, des cris de joie ou de récrimination, comme il peut y avoir dans toute vie de famille, une précipitation, ‘Vite, vite ! Les invités vont arriver !’, des chamailleries aussi, car je n’étais pas la seule à vouloir utiliser ‘la machine à cheveux d’or’.

En réfléchissant, il y a plein de belles ou de moins belles choses inutiles que je garde, ou que je ne jette pas à la poubelle, pour juste le plaisir d’un souvenir fugace, qui un jour peut-être ou pas rempliront une page blanche ! Cet engin ni laid ni beau rappelle un autre temps, le temps des orpailleurs de fromage, le temps où on tournait une manivelle pour que le miracle ait lieu !

L’ennui

ciel

Sait t on encore s’ennuyer aujourd’hui ?

Il faut à tout prix remplir sa journée avec mille et une choses à faire, à voir, des gens à rencontrer, des films à visionner, des livres à lire, et encore…Etre toujours occupé. ‘Vivre à cent à l’heure’. ‘Etre au courant’. Remplir sa journée de 24 heures avec 36 heures de travail. Frénésie. ‘Aller plus vite que la lumière. ‘Expressions imagées qui évoquent la vitesse ou l’électricité, et qui en disent long sur notre époque.

Ne pas s’ennuyer. Surtout ne pas s’ennuyer. D’ailleurs, emploie t’on encore ce mot là aujourd’hui ? Faire et faire encore. Même en vacances. Partir à l’étranger et voir le maximum de choses, de lieux, prendre dix bus, dormir dans vingt hôtels.

Quand parfois la vie nous casse les bras, les jambes, nous ligote à un lit pour cause de maladie ou pour toute autre raison- le corps qui ne répond plus- là, tout d’un coup, c’est comme si on était anéanti. Comme si on n’existait plus. Mais qui fera tout ce que nous n’avons pas fini ? Qui appellera J. ? Qui… ? Cela peut déclencher une vraie panique. Comme si on vivait une petite mort. Comme si on était mis hors jeu.

Cette course en avant, est-ce le fait de notre société où tout va plus vite, où en un clic on a la réponse à beaucoup de nos questions, où avec Internet les distances se sont raccourcies? Est-ce la

 peur du vide, la peur du rien, la peur de se retrouver face à soi-même ? Quel trou, quel vide en nous voulons nous combler en nous agitant ainsi ?

La pire torture pour l’un de nos contemporains serait de se retrouver bloqué dans un endroit à ne rien faire. Pas d’écran, pas de téléphone, pas de fausse occupation, pas de cache-solitude. Juste être là, et ne rien faire. Juste être là, respirer, et peut-être alors tourner ses yeux vers l’intérieur.

Sacrément difficile. Sentiment de vacuité. Ne plus se sentir exister, car l’on n’est plus dans le Faire. Ne rien faire, c’est presque une injure dans la bouche de nos contemporains : – « Ah ! Bon ? Tu ne fais rien ? » , « Oui, mais quand même tu fais quelque chose ? » Comme si ne rien faire était inconcevable, inadmissible, répréhensible.

Faut t’il vouloir à tout prix remplir le temps que nous avons devant soi ? On ne sait plus s’ennuyer. On ne se donne plus le temps de s’ennuyer. On ne se donne plus le temps de la lenteur, le temps du ‘rien’. Le temps pour soi, le temps pour l’intériorité. Le terme ennui n’est plus exact d’ailleurs. Trop connoté négativement. Alors que lorsqu’on parvient enfin à s’arrêter, ce ‘rien’ là peut être un des temps les plus riches qui soient.

Dans ce ‘rien’, dans ce temps méditatif ou pas, c’est parfois là que surgissent de belles idées, ou que naissent d’importantes décisions. Tourner les yeux vers l’intérieur. Echapper à la frénésie. S’arrêter, et jouir enfin de ce temps là. Ne rien faire est un acte rebelle aujourd’hui. C’est dire ‘Stop ! Je m’arrête un peu ! ‘ C’est parfois d’ailleurs dans ces temps là, que les gens reconstruisent leur vie différemment, en mettant de nouvelles priorités, et en essayant de donner plus de sens à leur cheminement.

Il est dommage d’ailleurs qu’il faille attendre un accident de la vie pour devoir s’arrêter, et pas cultiver le ‘rien’ un petit peu tous les jours, un petit peu toutes les semaines. Cultiver ces petits moments précieux qui peuvent nous aider à grandir, à avancer, à penser, à sortir des chemins tout tracés par la grâce du recul, et de la distance sur soi.