Danser la vie ou la danse des 5 rythmes

Vue de la vidéo de Gabrielle Roth

Vue de la vidéo de Gabrielle Roth

 

Danser la vie ou la danse des 5 rythmes

Découvrir le plaisir de se mouvoir

Il y a une certaine ironie de la vie : découvrir le plaisir de la danse à plus de 40 ans. Le plaisir de danser, de se fondre dans la musique, de devenir rythme. Etre rythme. Etre en accord, en harmonie. Pour quelques instants, défier les lois de l’apesanteur. Comme si on dessinait l’espace avec son corps. Comme si on mettait à jour  l’imaginaire de son corps. Se sentir quelques instants sculpteur et chorégraphe éphémère de l’espace.

Danser avec tout son être

Danser avec tout son être. Etre investi dans cet acte avec sérieux et légèreté, corps et âme. Et dans les plus purs instants de la danse, se sentir oiseau. Libérer les oiseaux en soi. Découvrir, expérimenter  l’envol de soi. Comme si on quittait pour quelques instants notre cage-enveloppe terrestre, et qu’on laissait échapper la danse de notre âme-esprit. Cette  petite danse intérieure qui ne demande qu’à s’exprimer.

La Danse des 5 rythmes

Ce plaisir viscéral de la danse, je l’ai découvert récemment à travers la danse des 5 rythmes, qui  est une danse sans en  être vraiment une : une danse médecine,  une danse qui se relie aux sources des chamanes. Danse créée et développée par Gabrielle Roth, artiste américaine, qui se disait volontiers –chamane urbaine-, et qui a formé de nombreux enseignants à travers le monde. Danse à la portée de tous, jeunes ou vieux, qui se pratique en groupes dans la bienveillance et le non jugement. Il ne s’agit pas de bien danser, de faire une belle danse, mais d’être au plus près de soi-même, de se connecter à soi-même et aux autres, et de développer sa petite danse intérieure.

Danser en groupe : un acte qui relie

Il n’y a pas si longtemps encore, et pendant des millénaires les peuples communiaient dans la danse. Nos sociétés occidentales se sont un peu coupées de cette source fondamentale. A travers cette danse, de façon laïque, on cherche à retrouver quelque chose de cet ordre. Retrouver le ‘sauvage ‘ en soi, abandonner le policé, gagner un peu plus de liberté, se connecter profondément à soi, se brancher à son ‘humain ‘. Dans le partage de la danse en groupe-de 20 à 100 personnes parfois-, il y a addition de son énergie à celle des autres. On découvre la puissance de la communion dans le groupe. Ce n’est pas se fondre dans le groupe. C’est être encore plus un, encore plus unique, encore plus soi.

Danser ses émotions.

Dans émotion, il y a motion ou mouvement. Mettre en mouvement son corps, c’est mettre en mouvement son être entier. Et lever un blocage dans son corps, cela est lever un blocage à l’intérieur. Juste par exemple dans le fait de s’autoriser à danser, de se dire ‘Moi aussi, je peux’, alors que pendant des années vous étiez convaincu que vous ne saviez pas danser, que vous étiez trop pataud, que c’était pour les autres et pas pour vous. En vous ôtant cette limite là, vous allez en cascade lever d’autres limites, et mine de rien, casser plein de fausses vérités avec lesquelles vous avez vécu pendant de longues années. Danser ses émotions, c’est amorcer un chemin de transformation, pas après pas. C’est gagner un peu plus de liberté. Et plus vous êtes libre, et plus votre danse est belle, et plus vous êtes beau.

Se connecter à soi-même à travers la musique.

Danser, c’est se connecter à la vie en soi, à la respiration, au rythme. A la musique. Dans cette pratique, la musique est très importante. L’on peut danser sur toute musique de la plus urbaine à la plus traditionnelle.  La Danse des 5 rythmes est un voyage : c’est traverser une vague de cinq rythmes définis comme fluide, staccato, chaos, lyrique et quiétude.  Traverser ces cinq rythmes, c’est comme être au bord d’un rivage, se laisser doucement happer par la vague, se laisser ensuite emporter furieusement par la vague, atteindre une sorte de climax, puis à nouveau se laisser glisser doucement vers le rivage.

Danser comme on respire

Danser, c’est se relier à soi, aux autres, au monde. C’est se connecter à la joie en soi, à la joie d’être, à la joie d’être en vie et présent au monde. Juste chanter le miracle de la vie, et sentir ce qu’il y a d’éphémère dans le fait même d’être vivant. Nous somme respiration : expiration, inspiration. Danser, c’est chanter la joie d’être au monde, c’est accueillir la vague du rythme, la vague de la respiration. Nous sommes la vague avec son flux et son reflux. Danser la vie.

 

Pour plus d’information sur la danse des 5 rythmes, qu’on peut pratiquer en France aussi, à Paris,  à Lyon  et dans d’autres villes de France et dans d’autres capitales européennes : http://www.5rhythms.com/

http://www.5rythmes.fr/

Découvrir aussi les beaux livres de Gabrielle Roth en anglais et en français :

Map to Ectasy

Sweat your prayers

La danse des 5 rythmes: un chemin de transformation par le mouvement (traduction française)

Lien vers une vidéo, où l’on voit Gabrielle Roth danser.

http://youtu.be/8cYYzcTzm6Y

 

Joie

BallonsQuand le vent s’engouffre en vous, vous soulève, et vous maintient dans un état d’apesanteur !. Comme si un orchestre se mettait instantanément en branle, et que votre corps jouait de tous les instruments ! Les yeux mandoline, les joues banjo, le coeur percussion, le buste guitare, les jambes violon… Quand vous devenez vibration. Avec les êtres, avec la nature, avec les animaux… Si vous étiez un mets de cuisine, vous seriez un soufflé, une petite merveille d’oeufs et de fromage, mais un soufflé qui ne se dégonfle pas…

Quand la joie vous visite, et s’invite en vous, vous voudriez lui dire à ce sentiment : ‘Bienvenue ! et surtout, reste un peu mon beau ! Non, pas une  nuit seulement ! Non pas comme un amoureux volage ! Non, pas comme un visiteur du soir ! Bienvenue, et installe toi dans mon petit ‘chez-moi’ ! Je peux te faire la visite du propriétaire si tu veux !’  Mais la joie, comme toutes les couleurs de l’humeur n’est pas un oiseau qu’on encage, mais une merveille de versatilité, une Barbapapa, un nuage de sucre, un vent, ou une grande bourrasque qui vous soulève et vous emporte, et qui une fois envolée vous fait retomber brutalement sur le sol ! Préparez le parachute pour amortir la chute ! Avoir toujours sur soi son petit parachute anti tristesse, anti coups de blues !

Accueillir la joie en soi, mais aussi toutes les autres émotions, humeurs quand elles surviennent ! Après tout, nous ne sommes que des pages blanches traversées par ces écritures échevelées, par ces vents contraires, et comme l’arbre, il nous faut être bien enraciné pour ne pas être ébranlé par les trop grandes tempêtes, qu’elles soient de joie ou de tristesse. Comme un marin, garder le cap, viser le Nord, et ne pas se perdre en route ! Aller de l’avant, droit devant, car de toutes façons, nous sommes attendus au bout du chemin. Pas de retour en arrière possible ! Vivre son présent, et aller vers son futur droit devant !

arbre

Ces poissons qui volent

Ballon ancien-image du net

Ballon ancien-image du net


Image du net

Image du net

Ces deux images qui n’ont pourtant rien à voir l’une avec l’autre ont en commun qu’elles titillent l’imagination, qu’elles sont porteuses d’imaginaires. Des récits pourraient naître à partir de ces images.

Vingt mille lieues dans les airs

L’une, ballon gonflable ancien à la structure ailée, fait penser à un poisson aérien, survolant un paysage de montagnes-ballon espion, ballon météorologique ?- dans une atmosphère un peu fantastique. C’est la magie de l’instantané vieilli qui lui donne ce caractère quasi irréel, et mystérieux. Il y a quelque chose des représentations futuristes de Jules Vernes, qui auraient trouvé là leur incarnation. Ce n’est pas vingt mille lieues sous les mers, mais vingt mille lieues dans les airs. Qui sait ? Peut-être que le ballon cache en son sein un capitaine Némo un peu fou, extravagant et tyrannique ?

Un poisson volant

L’autre aussi saisit un instant assez irréel ou surréel du présent. Insolite. Improbable. Quand un premier miracle a lieu, un rapace vole un poisson – une truite d’un bassin d’aquarium ?-, et que ô second miracle, le photographe parvient à capter ce moment là. Quand deux ‘improbabilités’ se rencontrent dans le même cliché. Cela est renforcé aussi par le mouvement capté dans l’image : sur le flou de l’arrière-plan, sur la façade se détache clairement le rapace en plein vol, ses serres tenaillant le poisson rouge, qui, lui semble d’une impassibilité totale. Quand les poissons volent…

La vie rêveuse ou la vie hyper réelle

Ces petites choses de la vie qui arrivent, qui bouleversent un peu le cours des événements, nous surprenant, nous réveillant en quelque sorte d’un quotidien routinier et qui, l’espace d’un instant nous font voir les choses autrement. Un peu comme si nous sortions d’un rêve, ou comme si nous entrions dans une autre dimension. Ces petits imprévus qui donnent tout le suc à la vie.

Le lapin d’Alice

Le lapin d'Alice, image trouvée sur Facebook

Le lapin d’Alice, image trouvée sur Facebook

Il y a des images qui vous poursuivent, ou qui se sont incrustées en vous si profondément dans vos lectures d’enfant, qu’elles resurgissent à un moment donné ou à un autre dans votre vie d’adulte. Tel le lapin blanc et sa montre courant contre le temps dans cet album d’Alice au Pays des Merveilles, que j’avais. Album quasi incompréhensible, car l’adaptation était plus que raccourcie, et c’était en fait un résumé du livre où l’on voyait Alice dans des situations étranges et incompréhensibles, mais sans aucun lien entre elles. Cet album-rébus malgré tout a mis à l’épreuve ma curiosité d’enfant, et ce qu’il m’en est resté, plus qu’une histoire avec un sens, ce sont des images. Des images fortes. Porteuses de sens, rétrospectivement.

Comme le lapin d’Alice. Ce lapin et sa montre, métaphore du temps qui passe ou métaphore de la vie. Ce lapin peu sympathique que l’on poursuit dans un terrier, et qui d’aventure en mésaventure nous emmène plus loin, toujours plus loin. Ce lapin toujours pressé, qui fait ou qui dit des choses incompréhensibles, c’est un peu le cours de la vie même, qui nous porte, qui nous emporte, qui nous fait vivre parfois des choses surprenantes, imprévues, illogiques, et qui fait le charme de la vie même ! Cette part d’imprévu que chaque jour peut contenir pour le meilleur ou pour le pire. Cette course contre le temps, qui va bien plus vite que nous. Inéluctablement.

Le lapin d’Alice, ou l’image intrigante, curieuse, où le sens ne se donne pas d’emblée- mais un lapin, ce n’est pas habillé comme ça !, mais un lapin, ça n’a pas de montre !- toute cette part d’absurde et de fantaisie qu’elle contient, avec la multiplicité de ses lectures possibles est un défi pour l’esprit, pour l’imagination, et une petite pierre dans la construction de son propre édifice, de son propre imaginaire-univers.

Le lapin d’Alice, ce n’est pas une madeleine de Proust, c’est plutôt une petite lumière qui s’allume dans la tête, un pétillement des yeux, un Eurêka ! , une étincelle de l’esprit, comme une petite porte qui s’ouvre en soi, une nouvelle façon de faire, de voir les choses, un hymne à la nouveauté et à l’intelligence, un délire de mathématicien ou de musicien ! Quand l’abstraction devient émotion ! Quand l’image nous nourrit et nous féconde.

 

Un article intéressant à découvrir sur Le lapin blanc, et ce que cela représente sur : popenstock : http://popenstock.ca/dossier/article/le-saut-hors-de-la-matrice-la-poursuite-du-lapin-blanc

La râpe à fromage

Peut-on écrire sur tout ?

La vie parfois nous offre de petits défis. C’est ce qui m’arrive en ce moment, puisque je suis amenée à écrire des textes sur des thématiques très, très éloignées de mes préoccupations, et de mes goûts.
Passé l’obstacle ‘Beurk ! Je dois écrire sur ça ! mais qu’est-ce ce que je peux dire ?’, cela devient en fait un jeu, et un petit défi au quotidien. et l’on trouve en fait les ressources en soi et sur le net pour écrire sur presque n’importe quoi.

Et pourquoi pas sur la râpe à fromage ?
Petit clin d’oeil à mon père, qui lorsqu’il me rend visite voudrait jeter toutes les vieilles choses qu’il trouve sur son passage, et les remplacer par des nouvelles qui fonctionnent. Quoi une râpe à fromage en inox et et plastique ? Et qui fonctionne ? Beurk !

Mais où se trouve la poésie dans cet objet là ? Je préfère sans façon la vieille râpe en ferraille, qui doit bien avoir 40 ans avec son moulinet manuel et ses inscriptions gravées ‘MOULI GRATER Made in France’, qui n’est pas très efficacemouligrater certes, mais qui a le charme de l’ancien?

Quand je la regarde, elle me transporte en arrière, quand je n’étais pas plus haute que la table- cinq ou six ans- et que je regardais faire mon père, et que je lui disais : ‘Moi aussi, moi aussi, je veux le faire !’ , et que j’attendais avec impatience mon tour.

Moi, aussi j’allais pouvoir tourner le ‘machin’ qui transforme un carré de fromage en cheveux d’or, et cet engin qui paraissait d’usage si simple dans les mains de mon père ou dans celles de ma mère était en fait une vraie barbarie pour mes petites mains ! Ce n’était pas facile du tout ! Car d’un côté, il fallait tenir le rabat en fer pour que le morceau de comté frotte bien contre la râpe, et de l’autre, il fallait tourner le moulinet, qui à chaque fois était empêché par le trop gros morceau de fromage.

Quand j’y arrivais, c’était une joie ! Mais je n’y arrivais jamais seule. Il fallait bien une grosse paluche d’adulte, qui venait se superposer sur ma petite main pour m’aider à serrer le rabat pour que ça marche ! Mais quand ça marchait, Eurêka ! J’étais l’alchimiste qui venait de transformer le plomb en or, le chercheur d’or qui avait trouvé parmi ses cailloux la pépite, j’avais réussi à transformer un bloc de fromage en fils d’or, qui allaient rendre goûteuse ma soupe ou mes pâtes !

Je ne sais pas pourquoi non plus, cette râpe à fromage, je la relie aussi aux préparations de fête de noël de mon enfance. Une certaine lumière, une certaine chaleur dans la cuisine, une euphorie dans l’air, des cris de joie ou de récrimination, comme il peut y avoir dans toute vie de famille, une précipitation, ‘Vite, vite ! Les invités vont arriver !’, des chamailleries aussi, car je n’étais pas la seule à vouloir utiliser ‘la machine à cheveux d’or’.

En réfléchissant, il y a plein de belles ou de moins belles choses inutiles que je garde, ou que je ne jette pas à la poubelle, pour juste le plaisir d’un souvenir fugace, qui un jour peut-être ou pas rempliront une page blanche ! Cet engin ni laid ni beau rappelle un autre temps, le temps des orpailleurs de fromage, le temps où on tournait une manivelle pour que le miracle ait lieu !

L’ennui

ciel

Sait t on encore s’ennuyer aujourd’hui ?

Il faut à tout prix remplir sa journée avec mille et une choses à faire, à voir, des gens à rencontrer, des films à visionner, des livres à lire, et encore…Etre toujours occupé. ‘Vivre à cent à l’heure’. ‘Etre au courant’. Remplir sa journée de 24 heures avec 36 heures de travail. Frénésie. ‘Aller plus vite que la lumière. ‘Expressions imagées qui évoquent la vitesse ou l’électricité, et qui en disent long sur notre époque.

Ne pas s’ennuyer. Surtout ne pas s’ennuyer. D’ailleurs, emploie t’on encore ce mot là aujourd’hui ? Faire et faire encore. Même en vacances. Partir à l’étranger et voir le maximum de choses, de lieux, prendre dix bus, dormir dans vingt hôtels.

Quand parfois la vie nous casse les bras, les jambes, nous ligote à un lit pour cause de maladie ou pour toute autre raison- le corps qui ne répond plus- là, tout d’un coup, c’est comme si on était anéanti. Comme si on n’existait plus. Mais qui fera tout ce que nous n’avons pas fini ? Qui appellera J. ? Qui… ? Cela peut déclencher une vraie panique. Comme si on vivait une petite mort. Comme si on était mis hors jeu.

Cette course en avant, est-ce le fait de notre société où tout va plus vite, où en un clic on a la réponse à beaucoup de nos questions, où avec Internet les distances se sont raccourcies? Est-ce la

 peur du vide, la peur du rien, la peur de se retrouver face à soi-même ? Quel trou, quel vide en nous voulons nous combler en nous agitant ainsi ?

La pire torture pour l’un de nos contemporains serait de se retrouver bloqué dans un endroit à ne rien faire. Pas d’écran, pas de téléphone, pas de fausse occupation, pas de cache-solitude. Juste être là, et ne rien faire. Juste être là, respirer, et peut-être alors tourner ses yeux vers l’intérieur.

Sacrément difficile. Sentiment de vacuité. Ne plus se sentir exister, car l’on n’est plus dans le Faire. Ne rien faire, c’est presque une injure dans la bouche de nos contemporains : – « Ah ! Bon ? Tu ne fais rien ? » , « Oui, mais quand même tu fais quelque chose ? » Comme si ne rien faire était inconcevable, inadmissible, répréhensible.

Faut t’il vouloir à tout prix remplir le temps que nous avons devant soi ? On ne sait plus s’ennuyer. On ne se donne plus le temps de s’ennuyer. On ne se donne plus le temps de la lenteur, le temps du ‘rien’. Le temps pour soi, le temps pour l’intériorité. Le terme ennui n’est plus exact d’ailleurs. Trop connoté négativement. Alors que lorsqu’on parvient enfin à s’arrêter, ce ‘rien’ là peut être un des temps les plus riches qui soient.

Dans ce ‘rien’, dans ce temps méditatif ou pas, c’est parfois là que surgissent de belles idées, ou que naissent d’importantes décisions. Tourner les yeux vers l’intérieur. Echapper à la frénésie. S’arrêter, et jouir enfin de ce temps là. Ne rien faire est un acte rebelle aujourd’hui. C’est dire ‘Stop ! Je m’arrête un peu ! ‘ C’est parfois d’ailleurs dans ces temps là, que les gens reconstruisent leur vie différemment, en mettant de nouvelles priorités, et en essayant de donner plus de sens à leur cheminement.

Il est dommage d’ailleurs qu’il faille attendre un accident de la vie pour devoir s’arrêter, et pas cultiver le ‘rien’ un petit peu tous les jours, un petit peu toutes les semaines. Cultiver ces petits moments précieux qui peuvent nous aider à grandir, à avancer, à penser, à sortir des chemins tout tracés par la grâce du recul, et de la distance sur soi.

Matin de neige

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Matin de neige

Se réveiller sous la neige, ou plus exactement, ouvrir les yeux sur un paysage de neige. Vingt centimètres de flocons blancs partout. Sur les toits, les capots, les tables, les chaises, les arbres, les balcons, la route. Et le paysage de votre quotidien, que vous ne voyez plus à force de le voir tous les jours se transforme en une nouvelle planète, un nouveau champ de bataille. Vous voilà débarqué en plein Canada. Vous ne savez plus comment marcher, plus comment vous tenir, et les yeux brillent, pétillent. Et la réverbération de la lumière sur la neige vous fait presque mal. Le plexus solaire ouvert. Sourire intérieur. Ce sourire là en réveille d’autres, de ceux que vous aviez petit à l’heure de la première neige. Une petite voix vous dit : «  Super ! C’est le temps des bonhommes de neige ! »

C’est tellement tentant cette invite de la première neige. Belle à croquer. Belle à se rouler dedans. Poudreuse à souhait. « On joue au Petit Poucet ? » Ce sourire en dedans réveille en soi toute notre capacité d’émerveillement. « Oh ! Une trace ! Ca, c’est un chat ! Ca c’est… ? Je ne sais pas. »  Et l’on voudrait avoir tout son temps pour soi, pour profiter de cette lumière vive, pour se remplir les yeux et les poumons de neige.  Prendre le temps de marcher sur cette délicieuse page blanche. Pureté du paysage qui vous purifie dans le même temps.

Cette douceur aussi qui émane du paysage, de l’air.  Une certaine rondeur. Une paix. Pacification qui vous pacifie. Journée de la paix avec soi-même. Froid doux. Tout prend une autre allure. Même les sons ne sont plus les mêmes. Comme si tout était ouaté. Le craquement des pas dans la neige fraîche est alors presque un cri. Cri de la neige que tu entailles avec tes pas, avec ton poids. Tu voudrais être plume, tu voudrais être oiseau pour ne pas souiller cette belle page blanche, ou si peu,  ou au contraire, tout d’un coup, tu y vas à fond. Tu t’élances dans la poudreuse, et ça craque, et ça ‘crunche’ sous tes pas, et tu t’enfonces mi amusée, mi craintive,  et tu donnes libre cours à l’enfant en toi, à la joie d’être là ici et maintenant, en harmonie avec ce beau blanc, ce terrain vierge qui s’offre à toi, que personne d’autre avant toi n’a exploré. Aventurière  du petit matin. Tu voudrais planter ton petit drapeau. Tu voudrais juste crier ta joie d’être et de résonner comme une corde de guitare.

Un téléphone sonne quelque part. « Ah ! oui ! C’est vrai ! Tu attends un coup de fil ! » Tu avais oublié. Tout oublié. Le froid qui se fait sentir au bout des doigts. Et ces cinq minutes que tu viens de passer dehors te semble une éternité. Et ta journée t’appelle à l’intérieur. Fin de l’intermède blanc.  Que tu retrouveras un peu plus tard. Mais ce sera différent. La lumière sera différente, et cette sensation de pureté,  cette impression d’être une exploratrice de la planète blanche sera passée aussi. La neige en aura vu passé d’autres, humains ou autres. Elle ne t’appartiendra plus à toi toute seule dans sa virginale plénitude.