Matin de neige

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Matin de neige

Se réveiller sous la neige, ou plus exactement, ouvrir les yeux sur un paysage de neige. Vingt centimètres de flocons blancs partout. Sur les toits, les capots, les tables, les chaises, les arbres, les balcons, la route. Et le paysage de votre quotidien, que vous ne voyez plus à force de le voir tous les jours se transforme en une nouvelle planète, un nouveau champ de bataille. Vous voilà débarqué en plein Canada. Vous ne savez plus comment marcher, plus comment vous tenir, et les yeux brillent, pétillent. Et la réverbération de la lumière sur la neige vous fait presque mal. Le plexus solaire ouvert. Sourire intérieur. Ce sourire là en réveille d’autres, de ceux que vous aviez petit à l’heure de la première neige. Une petite voix vous dit : «  Super ! C’est le temps des bonhommes de neige ! »

C’est tellement tentant cette invite de la première neige. Belle à croquer. Belle à se rouler dedans. Poudreuse à souhait. « On joue au Petit Poucet ? » Ce sourire en dedans réveille en soi toute notre capacité d’émerveillement. « Oh ! Une trace ! Ca, c’est un chat ! Ca c’est… ? Je ne sais pas. »  Et l’on voudrait avoir tout son temps pour soi, pour profiter de cette lumière vive, pour se remplir les yeux et les poumons de neige.  Prendre le temps de marcher sur cette délicieuse page blanche. Pureté du paysage qui vous purifie dans le même temps.

Cette douceur aussi qui émane du paysage, de l’air.  Une certaine rondeur. Une paix. Pacification qui vous pacifie. Journée de la paix avec soi-même. Froid doux. Tout prend une autre allure. Même les sons ne sont plus les mêmes. Comme si tout était ouaté. Le craquement des pas dans la neige fraîche est alors presque un cri. Cri de la neige que tu entailles avec tes pas, avec ton poids. Tu voudrais être plume, tu voudrais être oiseau pour ne pas souiller cette belle page blanche, ou si peu,  ou au contraire, tout d’un coup, tu y vas à fond. Tu t’élances dans la poudreuse, et ça craque, et ça ‘crunche’ sous tes pas, et tu t’enfonces mi amusée, mi craintive,  et tu donnes libre cours à l’enfant en toi, à la joie d’être là ici et maintenant, en harmonie avec ce beau blanc, ce terrain vierge qui s’offre à toi, que personne d’autre avant toi n’a exploré. Aventurière  du petit matin. Tu voudrais planter ton petit drapeau. Tu voudrais juste crier ta joie d’être et de résonner comme une corde de guitare.

Un téléphone sonne quelque part. « Ah ! oui ! C’est vrai ! Tu attends un coup de fil ! » Tu avais oublié. Tout oublié. Le froid qui se fait sentir au bout des doigts. Et ces cinq minutes que tu viens de passer dehors te semble une éternité. Et ta journée t’appelle à l’intérieur. Fin de l’intermède blanc.  Que tu retrouveras un peu plus tard. Mais ce sera différent. La lumière sera différente, et cette sensation de pureté,  cette impression d’être une exploratrice de la planète blanche sera passée aussi. La neige en aura vu passé d’autres, humains ou autres. Elle ne t’appartiendra plus à toi toute seule dans sa virginale plénitude.

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