Jour de pluie

Jour de pluie, et tout se voile de gris. Le paysage extérieur, comme le paysage intérieur. Comme une nappe de pétrole grise, le ciel s’est infiltré en moi et vient saper mon humeur. Il faut faire avec ses dépressions atmosphériques intérieures. Pas toujours facile. Se dire qu’après la pluie, un rai de soleil pointera le bout de son nez, balayera la pluie et  colorisera mon paysage intérieur. En attendant, ce qui me paraissait formidable hier me paraît fade aujourd’hui, et je traverse le jour en pilotage automatique.

Reste la musique, qui paraît-il, adoucit les moeurs. Du moins, peut-elle apporter cette once de joie, qui me manque. La musique et le chant, cadeaux des dieux peuvent influencer mon humeur, et m’apporter d’abord artificiellement, puis installer cette joie intérieure du jour.

Le chant, relié au souffle, en traversant mon corps va balayer un peu le gris, et comme un vent salvateur va faire le ménage intérieur, La danse aussi a ce pouvoir bienfaiteur sur moi. Quand le corps se met en mouvement, il ébranle l’être tout entier, et je finis peu à peu par retrouver cette joie d’être au monde.  Et qu’importe les emmerdes, les déceptions, les ‘choses pas comme il faut’, qu’importe la fatigue de l’hiver, une petite lumière s’allume en moi, et ça y est, c’est reparti ! A nouveau sur les bons rails du jour. Le petit train-train du quotidien peut redémarrer.

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Un instant volé parmi d’autres

Un instant. Un instant volé au déroulé du temps. Quand le temps se fige, et se cristallise en une image, et que toute la plage de temps passée à cet endroit-là, à ce moment-là reste mémorisé sous la forme d’une image T. Comme un raccourci, ou comme si l’accumulation de tous les moments passés à cet endroit, ou avec cette personne se transformaient en une image. Ma grand-mère maternelle, par exemple, c’est sa mise en plis blanche ou violette selon son coiffeur, c’est aussi son grand rire un peu gêné, son ‘Oh! tu exagères !’, c’est son chien Bouboule, c’est sa grande table de salon un peu moche, c’est elle, assise droite comme un piquet  sur un banc, après sa cent millième balade pour aller promener le chien. Comme toute une série de photos intérieures.

Parfois, on a besoin de la photo T, réelle, palpable pour faire revivre le souvenir, et c’est une boîte de Pandore, que l’on ouvre. Cette photo-là fait remonter alors tout un monde de souvenirs, de moments vécus, qu’on croyait avoir oubliés, et qui d’un coup, comme un diable surgissant de sa boîte, vous reviennent en mémoire, pour votre plaisir ou votre déplaisir. Et réveille votre ancien moi. Ce moi-là de cette époque, avec sa problématique, ses bonheurs et malheurs. Quand on y pense, c’est fou comme on peut être multiple, comme notre moi peut subir de transformations dans une vie. et la personne, que vous avez été hier vous paraît bien loin aujourd’hui.

Parfois, c’est l’indicible, ce ‘je ne sais quoi’ qui surgit inopinément que l’on va mémoriser,- Une main sur un visage, un geste un peu maladroit, une rougeur sur un front, un mot qui sonne étrangement, un mouvement vers l’autre réprimé- et toute l’avalanche de mots qui a précédé tombe dans les oubliettes. Seule cette petite chose-là est mémorisée. Comme un secret chuchoté à l’oreille, le corps parle et dit parfois plus de choses que les mots exprimés ou tus. En particulier, lorsque les choses ne sont pas ou mal exprimées entre les êtres, et l’on assiste à cet étrange ballet des corps, ces ‘Je t’aime-moi, non plus’, ces ‘Je sais, je ne sais pas’, ces ‘Tu me plais, mais chut ! C’est interdit ! Tu ne dois pas le savoir !’ Les signes que l’on décode chez l’autre, les signes que l’on émet, et qui nous échappent aussi, tout un monde souterrain non verbal, passionnant pour qui prend le temps d’observer.

L’instant volé, c’est aussi l’incongru. Ce qui vous fait rire, parce qu’ il y a un petit quelque chose, qui n’est pas à sa place, ou qui dénote, ou qui s’affiche comme un gros bouton sur le visage. Comme la conférencière très sérieuse, qui au cours de son exposé dans un amphi, enlève machinalement sa chaussure, et se gratte ostensiblement le pied. Et son passionnant ou très ennuyant exposé sur les rites initiatiques des aborigènes d’Océanie est vite oublié, et ce qui reste de cet exposé 30 ans après est ce geste, qui vous a amusé, qui vous a fait rire à ce moment précis. La mémoire est parfois un peu injuste, et fait de drôle de raccourcis, pas toujours favorables pour les personnes qui en sont l’objet.

Etre sensible à ces petites choses de la vie, qui font que même dans le rien, il y a quelque chose qui se passe. Pour qui a le goût de l’observation, il y a mille choses qui se passent tout le temps, et particulièrement, quand des êtres humains sont réunis dans un même endroit, à un instant T. Et l’on joue au petit détective. Lire les indices, voir les actions-réactions, entendre ce qui n’est pas dit entre ces personnes réunies là, ce jour-là, ce qui est tangible, ce qui est impalpable.

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Hommage à Gabily

 

Voici un petit texte que j’ai écris en mémoire de Didier Georges Gabily, que j’ai croisé dans mon parcours d’apprentie-comédienne il y a 20 ans.

Gabily, auteur et metteur en scène brillant est mort en 1996, et l’on va fêter les 20 ans de la mort au théâtre Monfort à Paris les 12, 13, et 14 novembre 2016.

Je participerai à une lecture de Gibiers du temps 1 le lundi 14 novembre à 21h, mais il pendant ces trois jours, de nombreuses lectures de ses oeuvres vont avoir lieu, avec de grands acteurs et metteurs en scène. A suivre.

 

En lien, le programme:14695539_10211179978724134_5304684357180966358_n

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Et le communiqué de presse, pour en savoir plus sur qui était Gabily.

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Gabily dit oui, Gabily dit non. Gabily faisait la pluie et le beau temps.

J’ai respiré, parlé, chanté Gabily pendant un temps. Quitte à assommer mon entourage de mon ‘Gabillage’. A 20 ans et quelques, rencontrer Didier Georges Gabily lors de ses ateliers théâtre, toujours inspirés, et inspirants, c’était quelque chose. C’était se former tout en se déformant un peu. Il y avait un parler Gabily, une façon de marcher Gabily, une façon aussi de prendre le plateau, une façon de concevoir aussi l’espace, qui avaient une estampille Gabily. Dans ses ateliers, on pouvait aussi bien apprendre des choses en tant qu’ acteur, qu’en tant que metteur en scène.

Il avait un art de l’espace, une façon de construire des images, des tableaux vivants, mais aussi une façon prodigieuse de conduire l’acteur ou l’apprenti acteur à une certaine incandescence. Il y avait des petits miracles qui se produisaient. J’ai vu des scènes magnifiques en atelier, dont la puissance ne fut jamais égalée plus tard sur scène, dans ses spectacles.

L’atelier, c’était aussi un rituel. Gabily et Evelyne, son assistante à ses côtés, cahier et stylo prêt à dégainer. C’était aussi un attroupement de chaises, derrière le ‘maître’. La bouteille de whisky, pas très loin. Un silence prudent. Un silence un peu obéissant aussi. Il y avait chez les gens une sorte de vénération pour lui, quand on avait vu se manifester’son génie’. On y travaillait Racine, Botho Strauss, Koltès, des grands classiques, comme des grands contemporains, des impros aussi en petits groupes à partir de quelques mots écrits sur des bouts de papier. On passait beaucoup de temps à regarder, et quand venait le ‘moment’ de passer sur scène, mieux valait être présent. Il était exigeant, et il fallait se montrer à la hauteur.

Gabily et ses petits yeux bleus rieurs, fureteurs. Gabily et son manteau noir. Gabily et son verbe, son rire, ses silences, ses coups de gueule, ses digressions littéraires, ses idées brillantes qui faisaient sortir l’extraordinaire de l’ordinaire ou du banal.

Je ne saurais dire comment se manifestait son génie, mais il y avait quelque chose d’inspiré, d’épique, de brillant dans la façon dont il abordait le théâtre. On pouvait aimer ou ne pas aimer ses partis pris, mais il avait une vision, et il pouvait faire émerger de grands fantômes sur scène. Il savait embarquer les gens dans sa vision, quelque soit leur univers de départ. En particulier, dans ses derniers spectacles, dans lesquels j’ai pu figuré. D’éléments hétéroclites, il pouvait faire une symphonie, mélangeant les acteurs professionnels, les acteurs débutants, les non acteurs, et tout le monde suivait avec passion. Les techniciens, la costumière, la décoratrice, les musiciens, etc…. Art choral. Gibiers du temps en particulier me laisse un souvenir flamboyant. Comment la disharmonie des êtres en coulisses pouvait comme par magie à l’instant T. s’harmoniser sur scène. C’est sans doute le miracle du théâtre, mais aussi le miracle de son génie à lui.

Amoureuse

Le monde peut bien aller sens dessus dessous. Quand l’amour vous attrape, ou ce qui y ressemble beaucoup, vous êtes la petite feuille emportée par le vent, soumise aux souffles contraires de ce même vent, tentant vainement de maîtriser un peu les choses, mais ayant bien peu de prise sur elles. Emportée par le courant. Emportée par la vague des sentiments.

Vous retrouvez votre coeur- ce coeur que vous aviez oublié- qui à nouveau bat à cent à l’heure, qui ressent les choses un peu, beaucoup, passionnément, qui dit oui, qui dit non, et qui ne sait pas toujours ce qu’il veut. Dans le ventre du monde, dans la spirale des sentiments, vous essayez vaille que vaille de garder le cap. Ne pas répéter les erreurs passées. Rester clairvoyante. Joli mantra, aussi vite prononcé, aussi vite oublié.

Les années accumulées sont censées vous avoir appris des choses sur vous, des choses sur l’amour, des choses ce qu’il faut faire, et ce qu’il ne faut pas faire. Cela vous a t’il rendu plus sage pour autant ? Pas sûr. Peut-être un peu plus à l’écoute de ce qui se passe en soi, peut-être un peu plus  confiante en la vie aussi. Savoir aussi que même si vous vous fourvoyez, à un moment donné, les choses se remettent en place, et que l’aveuglement n’a qu’un temps, et que la clairvoyance, que vous avez perdue peut vous être rendue par l’objet de votre amour.

Par contre, cela vous empêchera t’il de retenter l’aventure des sentiments ? Cela vous empêchera t’il de replonger dans le chaud bouillon des illusions sentimentales? Pas sûr. Comme si le coeur avait besoin de s’user à aimer, comme si la vie ne valait d’être vécue que pour ça, que pour cette petite chose qui vibre en soi, et qui vous fait passer par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

 

C’est la rentrée !

C’est la rentrée.

Septembre, et tous ses souvenirs de rentrée. Rentrée à l’école, au collège, au lycée, à la fac, au boulot…Plaisants ou déplaisants, légers ou graves, comme une pile de jours les uns sur les autres, une pile de souvenirs qui disent la crainte et l’espoir, qui disent l’excitation, l’attente joyeuse, ou la peur d’y aller, l’envie à reculons. Comme  un noeud à l’estomac. J’y pense, et je peux sentir ce noeud là se former au fond de mes entrailles, comme une réminiscence de toutes ces peurs, et de ces expectatives, de tous ces espoirs et désespoirs.

Plus de vraie rentrée maintenant pour moi aujourd’hui. Ou alors différemment !  Plus de noeud au fond du ventre ! Mais c’est quand même la rentrée, avec l’envie de s’y prendre autrement ! Avec ses décisions, et ses indécisions, avec ses rushs et ses blues aussi. Et cette attention aussi, plus aigue aussi du temps qui passe, des jours qui raccourcissent, des jours plus froids, pluvieux, des couleurs que la nature peu à peu prend, de la sensation d’entrer dans une nouvelle saison. Rentrée aussi dans une nouvelle saison de la vie.  Comme une pile d’années, qui bientôt fera une nouvelle dizaine. De dizaines en dizaines, le temps passe sur moi. Même si la petite fille est toujours vivante en moi, le corps vieillit, se transforme, et dans deux ou trois dizaines, je serais une vieille dame.

De rentrée en rentrée, la vie passe, la roue tourne, et s’accélère, les saisons s’entrechoquent, le corps, les traits du visage s’affaissent, et témoignent du temps qui passe.

Dans l’après ‘Nous sommes tous Charlie’

Impression de gueule de bois ! Impression de voir les 36 chandelles du boxeur KO !

Après ces tragiques évènements, et la communion nationale-ou soi-disant nationale- autour de ce deuil, et de la défense de la liberté d’expression, retour à la réalité ! Nous ne sommes pas tous Charlie ! Et une partie de la jeunesse de France  est en réaction, en opposition avec le sentiment national d’unité et de défense des valeurs nationales de liberté d’expression, des valeurs citoyennes. Ce n’est plus qu’une affaire de terrorisme mais un problème sociétal ancré dans la société française. Une partie de la jeunesse française ne se reconnaît plus dans les valeurs de la République, et va même jusqu’à faire l’apologie du terrorisme.

Problème de laïcité, problème de reconnaissance, Problème de stigmatisation, problème d’éducation, d’immigration ou de non intégration, problème d’ascenseur social, et bien d’autres choses encore,  tous ces sujets font débat, et s’affichent dans les journaux, s’écoutent dans les émissions de radio, ou sur les chaînes de télévision.

Comme si tout d’un coup, nous prenions conscience du problème de cette France a deux vitesses, de ces ‘enfants perdus de la République’,  de ces jeunes qui ne se reconnaissent pas dans les valeurs de la France, et des questions  émergent aussi comme est-ce que l’islam est soluble dans la république ? Et quel islam ? ou qu’est-ce que la laïcité, et comment la défendre tout en maintenant l’espace propre à chaque religion de la République ? Et comment faire pour que cette jeunesse désorientée retrouve sa place, et à son tour défende les valeurs du pays où elle est née, où elle vit. Comment faire pour qu’elle ne soit pas subjuguée par les sirènes du jihadisme ?

Vastes chantiers qui s’ouvrent. Vastes défis à venir.

Nous sommes tous des Charlie

Quel début d’année ! Quelle tragédie ! Quelle perte ! Attentat à la démocratie, à la liberté d’expression avec cette tuerie de Charlie Hebdo. Des kalachnikovs contre des crayons ! Des Innocents tués, parce qu’ils font leur métier de satiristes ! Et des génies du crayon !  Quel émoi ! Quelles émotions traversées depuis le 7 janvier, jusqu’à son épilogue aujourd’hui avec la mort des tueurs, sans compter les nouvelles victimes d’aujourd’hui, tuées par antisémitisme.

Quel gâchis aussi que ces jeunes français qui se transforment en barbares ! Beaucoup d’innocents tués à cause d’idées folles, à cause de l’endoctrinement, de la haine. C’est terrifiant comment on peut basculer si facilement du bien dans le mal, et comment sous couvert de la religion, on peut commettre impunément de tels meurtres !

La guerre, elle est bien là aussi, sur notre territoire. Ce qui est affolant, c’est qu’elle est menée par des jeunes français, endoctrinés, qui deviennent les bras  des extrémistes  les plus fous, dans les pays les plus lointains.

C’est pourquoi ce vaste élan des français, et du monde entier -tous debout face à la barbarie et à la bêtise- tous debout pour crier que la liberté d’expression ne doit pas se laisser abattre, que nos valeurs, qu’un certain esprit français incarné  par Charlie Hebdo, et ses satiristes, anar, libertaires ne doit pas se laisser bâillonner, est rassurant. Tout d’un coup, nous réalisons ce qui nous lie ici et ailleurs dans les sociétés occidentales : nous sommes tous des Charlie. Nous allons devoir nous battre comme l’ a fait Charlie Hebdo face aux extrémistes pour défendre nos valeurs citoyennes, pour que vive la liberté d’expression, et pour ne pas plier sous la peur, le terrorisme, et les possibles attentats à venir, ne pas céder non plus aux amalgames, ne pas nous diviser, ne pas faire que la haine sous toutes ses formes se propage.