Des livres qui vous font du bien

Il y a des livres qui vous font du bien. Quelque soit d’ailleurs la lecture que vous en avez faite. D’une traite, ou des bribes tout au long de l’année. Des livres, qui vous poussent à l’action ou à l’introspection. Des livres qui peuvent vous guider, ou vous conduire à bouger. Tel est pour moi le livre de Gabrielle Roth ‘Sweat your prayers’, que l’on trouve en français sous le titre: « La Danse des 5 Rythmes – Un chemin de transformation par le mouvement ».

Vous savez bien qu’il était sur votre table de chevet depuis des mois. Vous l’avez déjà lu, mais pourtant il est toujours là, comme un oiseau déplumé. Bizarrement, les feuilles ne tiennent plus qu’à un fil, problème de reliure, ou de mauvaise colle. Et ce soir-là, vous décidez de le finir, ou si ce n’est de le finir, de le reprendre à la page marquée. Et ‘Tilt’, les mots que vous lisez vous parlent étonnamment. Vous les aviez pourtant déjà lues ces lignes, un an auparavant, mais là, ça fait ‘Tilt’, et le lendemain, vous passez à l’action.

Comme si la voix qui se fait entendre derrière ces mots résonnait dans la pièce, comme si la personne bien vivante était là et vous incitait à bouger, vous et vos résistances, vous et vos peurs, vous et votre frilosité. Et l’on ne peut admirer que ces phares dans la nuit, ces personnalités comme Gabrielle Roth, qui un jour se sont levées, et ont posé un acte fort dans la vie, en créant notamment la danse des 5 rythmes, impulsant derrière elle tout une vague ou un mouvement derrière elle. Semant des petits cailloux blancs, qui à leur tour ont germé, et ont donné de nouvelles pousses. Notamment, le travail de Yaa’kov et Susannah Darling Khan en Angleterre: la danse médecine.

Merci à ce beau livre, merci à cette voix derrière ces mots, à cette belle personnalité, qui n’a pas eu peur de se frotter à la vie, et qui a créé ce beau courant d’expression par le mouvement, de spiritualité à travers le mouvement. Un beau livre-action, que je ne peux que vous recommander.

Pour en savoir plus: pour trouver le livre sur Amazon en français:

https://www.amazon.fr/s/ref=nb_ss?__mk_fr_FR=%C5M%C5Z%D5%D1&url=search-alias=aps&field-keywords=Danse+des+5+rythmes&x=0&y=0

Pour découvrir la danse des 5 rythmes:

http://www.5rhythms.com/

Pour découvrir la Danse médecine:

Homepage

 

 

C’est la rentrée !

C’est la rentrée.

Septembre, et tous ses souvenirs de rentrée. Rentrée à l’école, au collège, au lycée, à la fac, au boulot…Plaisants ou déplaisants, légers ou graves, comme une pile de jours les uns sur les autres, une pile de souvenirs qui disent la crainte et l’espoir, qui disent l’excitation, l’attente joyeuse, ou la peur d’y aller, l’envie à reculons. Comme  un noeud à l’estomac. J’y pense, et je peux sentir ce noeud là se former au fond de mes entrailles, comme une réminiscence de toutes ces peurs, et de ces expectatives, de tous ces espoirs et désespoirs.

Plus de vraie rentrée maintenant pour moi aujourd’hui. Ou alors différemment !  Plus de noeud au fond du ventre ! Mais c’est quand même la rentrée, avec l’envie de s’y prendre autrement ! Avec ses décisions, et ses indécisions, avec ses rushs et ses blues aussi. Et cette attention aussi, plus aigue aussi du temps qui passe, des jours qui raccourcissent, des jours plus froids, pluvieux, des couleurs que la nature peu à peu prend, de la sensation d’entrer dans une nouvelle saison. Rentrée aussi dans une nouvelle saison de la vie.  Comme une pile d’années, qui bientôt fera une nouvelle dizaine. De dizaines en dizaines, le temps passe sur moi. Même si la petite fille est toujours vivante en moi, le corps vieillit, se transforme, et dans deux ou trois dizaines, je serais une vieille dame.

De rentrée en rentrée, la vie passe, la roue tourne, et s’accélère, les saisons s’entrechoquent, le corps, les traits du visage s’affaissent, et témoignent du temps qui passe.

T’es cool, t’es pas cool !

Les vacances en famille, la joie ! Enfin, pas tant que ça !

Mer, soleil, pin, famille proche, jusque là tout va bien !

Ajoutez deux- trois ados boutonneux, nièces, neveux, et là, ça peut se gâter.

Vous, qui jusque là faisiez partie des personnes ouvertes et sympas, en tout cas aux yeux de vos amis, vous voilà rétrogradé au rang de ‘pas cool’ ! Allez savoir pourquoi !

Faut t-il toujours vouloir se mettre au tempo des ados ? A un moment ou à un autre, de toute façon, on ne sera ‘pas cool’ à leurs yeux. Question de génération. Quelque soit d’ailleurs notre degré de ‘coolitude’ ou d’ouverture, ou de modernité. Question de tempérament aussi.

Certains cherchent à tout prix l’agrément des ados, quitte à jouer eux-mêmes aux ados pour être ‘cool’, certains se les prennent en pleine face, parce qu’ils n’entrent pas dans leur petit jeu. Chacun a sa place, à quelque endroit de l’échiquier de la vie. Côtoyer des ados, c’est aussi accepter de vieillir, accepter d’être les aînés.

Les ados n’incarnent pas toujours la modernité. Ce sont des jeunes qui ne font que répéter ce que d’autres jeunes ont fait avant eux. Ils ne font dans un premier temps que suivre les rails de leur tranche d’âge : sortir tard le soir, boire, écouter de la musique forte, s’initier à l’amour. Les ados sont d’abord de grands conformistes avant de s’émanciper, de devenir eux-mêmes adultes, et incarner ou pas à leur tour la modernité de leur temps.

Finalement, être ‘cool’ à leurs yeux à ce moment-là a quelque chose de très conformiste. Pas de place pour la différence ou très peu.

Alors, ne cherchons pas à être cool ! Soyons nous-mêmes ! A l’écoute, mais chacun à sa place !

L’amour des chats

379051_4901085933811_80704752_nLes chats et moi, c’est une longue histoire. Histoire d’amour en quelque sorte. Attirance pour cet animal, qui me fascine: sa classe, sa nonchalance, sa souplesse, son poil si doux, son indépendance, son regard, son ronronnement, son miaulement,  son pas, son mystère,  sa reconnaissance, sa fidélité aussi envers la maîtresse-chats que je suis.

Chacun a sa personnalité. Celui-là est joueur, celui-là est craintif le jour, mais un vrai bébé la nuit, celui-là domine, et attention ! Pas touche à sa maîtresse ! Celle-là me suivait jour et nuit. Là où j’étais, elle était. Isis, la belle Isis, petite boule de poils noirs n’est plus, mais quelle boule d’amour elle fut ! Des petits compagnons de vie extraordinaires, dont la possession est parfois un peu contraignante, mais toujours fascinants.

D’où vient l’amour des chats ? Chez moi, cela remonte à l’enfance. Toute petite, j’adorais déjà les chats, je me vois toute petiote sur une photo, des étoiles dans les yeux, avec un gros chat sur les genoux. Il y a comme une sorte de connexion entre moi et cet animal, même avec les chats, qui ne sont pas les miens. Est-ce le fait de bien les connaître, de les respecter et de savoir comment ils fonctionnent ? Est-ce une question de phéromones, d’énergie, de vibration ? Qu’est-ce qui me pousse vers cet animal-là ? Je n’ai pas de réponse à cette question.

Mystérieuse alchimie, mystérieuse connexion entre cet animal et moi. Il n’a pas besoin de faire les ‘pieds’ au mur pour susciter mon intérêt. Il est, tout simplement. Il est. Qu’il se meuve, qu’il dorme, qu’il joue,  qu’il s’étire, qu’il me regarde de sa gueule d’amour, qu’il ronronne, qu’il me colle, qu’il manifeste aussi sa colère, il me fascine, et je ne pourrais plus imaginer ma vie sans chats.

J’aime la noblesse du chat. Même le plus laid, le plus cabossé, un oeil en moins, la queue coupée, le chat a une noblesse qui ne le quitte pas. Il a quelque chose qui lui est propre. J’aime aussi ses yeux insondables. Ses mille expressions. D’un chat à un autre, certains ont des gueules plus expressives que d’autres. Des gueules d’ange, des Caliméros, des Zorros, des Robin des bois, des malins, des duchesses, des Aristochats, des gros matous ou de fines minettes.

Faut t-il être un peu chat pour aimer les chats ? Qui sait ? Je le suis sans doute un peu, pour tant les aimer.

 

 

Hymne au rire

Le rire en soi

Avoir un grand éclat de rire dans le corps. Parfois, il ne se montre qu’à la commissure des lèvres, parfois, il vous ébranle entièrement comme un tremblement de terre intérieur. Le rire, comme une respiration, le rire, comme une jouissance. Le rire comme un exercice de santé pour le corps et pour l’esprit.  Le rire dans les yeux.  Comme une allumette qui peut déclencher l’incendie. Le rire qui nous sauve. Avoir toujours un rire dans sa poche, au cas où.

Le rire avec l’autre

Quand son rire rencontre le rire de l’autre. Comme un clown blanc rencontrerait son auguste. Deux faces de la même pièce. Avec certains, la connexion se fait par le rire. La longueur d’ondes du rire, comme une mystérieuse alchimie qui fait des étincelles entre les êtres. Et l’on rit avec cette personne ‘de tout son coeur’, comme on pourrait jouir avec elle. Comme on pourrait danser avec elle. Le rire avec l’autre comme une petite danse des corps, une danse du diaphragme. Danse de l’esprit aussi. Le trait d’humour ricoche de vous à l’autre comme des petits cailloux sur l’eau, et vous ébranle.

Le rire impromptu

Merveilleuse connexion que le rire, qui peut réunir les êtres, même les plus éloignés, qui peut ‘rompre la glace’, qui peut faire qu’une rame de métro avec ses anonymes et ses visages inexpressifs tout d’un coup s’anime, s’embrase, et éclate de rire. La vie alors se réinjecte dans les visages, dans les corps. C’est toujours merveilleux ces petits imprévus de la vie dans un bus, dans une rue, dans un bureau, dans un endroit où des gens, qui ne se connaissent pas ou qui parfois ne veulent pas se connaître partagent un grand éclat de rire, survenu comme ça, par accident.

Mille et un rires

Le rire comme un souffle de vie, le rire comme une détente, le rire comme l’expression de son être profond. Il y a mille et un rires. Le rire cristal, le rire timide, le rire tonitruant, le rire comique, le rire coincé, le rire hoquetant, le rire étouffé. Mille et un rires comme mille couleurs de l’arc-en-ciel. Le rire nous ébranle, le rire nous bouge, le rire nous trahit, le rire nous révèle, le rire nous réveille, le rire nous relie, le rire nous délie, le rire pallie au langage parfois. Merveilleuse expression que le rire !

Le rire émotion

Le rire comme une expression des sentiments. De la joie, certes, mais pas que. On peut rire dans les pires moments, on peut rire dans les moments les plus intimes. Le rire peut être l’expression de toute une gamme de sentiments, des plus simples aux plus complexes. On peut pleurer de rire. Passer du rire aux larmes. Le rire peut aussi nous sauver dans les pires situations. On peut mourir de rire-quelle belle mort !- dans tous les sens du terme. Quand pour ‘faire la nique’ à son oppresseur, le ‘prêt-à être fusillé’ part d’un grand éclat de rire ! Le rire alors est plus fort que la mort !

L’ enfance en nous

Qui de nous ne souhaite pas garder éternellement sa part d’enfance ? Cette capacité d’émerveillement, cette part d’enchantement qui nous rend vivant et joyeux, qui alimente en nous cet appétit de la vie, toujours ? Savoir encore s’émerveiller d’un lever de soleil, de l’ombre d’une herbe sur le béton, d’un rai de soleil sur le parquet, d’un sourire de chat (Eh oui ! il y a des chats, qui sourient), d’une caresse, d’un regard, d’une couleur, d’un beau ciel, ou d’un bel orage. Lorsqu’on regarde bien le monde autour de soi (et malgré la pollution, et malgré tout ce qui peut polluer le regard), il y a mille et une raisons de dire: Merci la vie ! Et malgré les souffrances, les échecs, les douleurs, et autres calamités que nous pouvons traverser.

Mais il faut parfois lutter pour ne pas céder au désenchantement, pour ne pas se laisser plomber par les événements négatifs de nos vies, et le remède à la mélancolie (parfois nécessaire aussi) est je crois cette capacité d’émerveillement qu’il faut préserver en soi, qu’il faut alimenter chaque jour un petit peu comme un bon feu. Garder ce goût du jeu, cette envie de jouer. Jouer avec les mots, avec les choses, avec les gens, avec soi-même. Se moquer de soi-même, ne pas se prendre  ou ne pas prendre la vie trop au sérieux. Prendre la vie comme un jeu, parfois, on gagne, parfois on perd, mais on peut s’en remettre. Se relever, et repartir à nouveau. Prendre des risques, et maintenir intacte sa curiosité.

Mais parfois, chez certains, chez des personnes d’un certain âge, l’enfance se manifeste autrement. Ce n’est plus l’enfant joueur, l’enfant joyeux, l’enfant curieux, en recherche de nouvelles choses à expérimenter. Non, c’est l’enfant gâté, l’enfant qui tape du pied, l’enfant râleur qui se réveille, l’enfant conservateur, qui ne veut pas que les choses bougent qui s’exprime. Et c’est assez frappant chez certaines femmes de 70 ans, qui de toute leur vie n’ont fait qu’être la femme de, juste être gâtées par leurs petits maris, qui n’ont pas su ce que c’était que gagner leur propre argent, mais qui émettent des jugements de valeur sur tout et sur rien. Tout leur est dû.  Et rien ne leur plaît, rien n’est ‘comme il faut’. Et ces vieilles petites filles gâtées ne sont pas très jolies à voir. Mieux vaut en sourire alors ! Et se débrouiller pour ne surtout pas leur ressembler !

Etre mal accueilli

Imaginez: on vous a invité, vous êtes reçu dans de la famille éloignée dans un pays, dans une ville que vous visitez pendant quatre jours, dans une très belle maison avec piscine, dans une résidence de riches. Vous avez votre chambre avec votre propre salle de bain, on vous offre un bon petit déjeuner traditionnel. Seriez vous reconnaissant de cette hospitalité ? Qui ne le serait pas normalement ? Mais ce qui vous reste de ce temps-passé là dans cette belle demeure, avec ces hôtes-là, ce n’est pas ça du tout, mais bien plutôt le sentiment d’avoir été attrapé et coincé dans une cage dorée.

Pourquoi ça ? Tout ça, parce que les hôtes en question ne vous reçoivent pas avec tout leur coeur, ou parce qu’ils n’ont pas su dire non, ou parce qu’ils sont en pleine contradiction, et cela se sent, et cela se voit. Et qu’on a l’impression qu’ils se disent: combien ça va me coûter ?  Quand est-ce qu’ils vont s’en aller ? Non, attention à la lumière ! Non, pas trop de chauffage ! Tu te rends compte ici, ça coûte cher ! Non, pas cette confiture, pas ces oeufs, pas ce vin ! Non, tu ne peux pas entrer dans la cuisine, tu comprends, elle est trop petite ! Et puis, il y a la bonne, tu sais , elle est grosse, elle prend toute la place ! Oui, tu peux faire du yoga, mais 15 minutes, pas plus, et pas ici, mais là.

Et cela peut virer à la schizophrénie ! Quand dans le couple d’hôtes, l’un est vraiment accueillant, et l’autre non. L’un ouvre la porte de sa maison, l’autre la referme en claquant. L’un vous met du chauffage dans votre chambre, l’autre passe et l’éteint. L’un vous offre du vin, l’autre vous sert de la piquette, et les exemples peuvent se multiplier ainsi, et vu de loin, c’est même assez drôle. Un peu moins à vivre cependant !

Tout finit par avoir un goût amer. Un mauvais accueil peut vous rendre ingrat. Le seul souvenir de ce temps passé-là est un moment que l’on veut oublier. Le fait d’avoir été mal accueilli vous donne l’impression de ne pas avoir été accueilli.

Rien à voir en tout cas avec l’accueil qu’on peut recevoir parfois en voyage, lorsqu’on est reçu à l’improviste dans une petite famille au bout du monde, qui vous prête son toit ou sa table le temps d’une nuit, pour vous sauver de la tempête qui vient de surgir inopinément. Et le partage d’une bonne soupe sous un toit de fortune devient la plus belle des choses qui soit ! Et tout cela aussi parce que c’est fait avec le coeur !

Parfois finalement, la qualité de l’accueil compte plus que le lieu où l’on est accueilli ! Qu’importe la belle maison, les belles chambres, si l’on ne peut se déplacer sans avoir peur de casser quelque chose, sans se sentir à l’aise, et surtout, sans sentir que sa présence est désirée en ce lieu ! Cela laisse une très mauvaise sensation à la/les personne (s) ‘invitée’ (s). Cela a presque à voir avec l’amour ou l’absence d’amour ! Accueillir avec le coeur, c’est aimer d’une certaine manière. Quand le coeur n’est pas là, cela peut créer beaucoup de dépit chez la personne qui est mal reçue, et même une certaine forme d’ingratitude. Comme l’accueil n’est pas sincère, le temps réel passé et l’hospitalité reçue dans ce lieu finissent par ‘compter pour du beurre ‘.

Empreinte d’un voyage

Images fugitives. Que reste t’il d’un court voyage trois semaines après ? Des petits riens: un sourire glané-là, un geste ici, quelques mots entendus ici,  une scène insolite là. Pas grand-chose, en fait. On retrouve vite son quotidien, et ses habitudes, mais il y a quand même une empreinte du voyage, qui parfois se fait même à notre insu.

Avoir découvert une autre culture, avoir été plongée dans un autre bain culturel, une autre langue, dans une autre lumière, d’autres sons, d’autres bruits, d’autres odeurs, malgré soi, et particulièrement si on est sensible, le voyage a déposé sa trace. Même si on ne s’en rend pas compte tout de suite. C’est pourquoi c’est si essentiel de voyager. Cette ouverture sur le monde, cette ouverture des yeux, cette ouverture du coeur. Des préjugés, des barrières tombent. Un appétit pour le monde, pour une culture, pour un pays s’éveille. Naissance d’une curiosité.

Et si je me replongeais dans ces images fugitives, qui à l’heure d’aujourd’hui, en y repensant me font sourire.

Une terrasse de café ensoleillée dans la Médina de Essaouira. Un groupe de musiciens traditionnels tout de blanc vêtus avec leurs instruments, et l’un d’eux attire particulièrement mon attention. Lui s’occupe du tambourin. Il est vêtu de cet ensemble masculin-sorte de robe et pantalon-blanc, d’une petite toque rouge, et de grosses lunettes rondes à doubles foyers. Il est très sérieux. Les quatre hommes jouent cette musique, qui nous est destinée à nous les touristes, paressant sur cette terrasse, et toutes les trois-quatre minutes, ils font un petit pas de danse latéral, comme s’ils glissaient sur un tapis roulant sur leur droite puis sur leur gauche. Cela a quelque chose d’étonnant et d’assez drôle en vérité. Une petite chorégraphie exécutée mécaniquement et très, très sérieusement, sur un espace vraiment rikiki, la plupart du temps entre deux chaises.

Quand l’homme très sérieux avec sa petite toque rouge, ses grosses lunettes rondes et son tambourin fait un petit saut de chat lors de cette chorégraphie, cela crée un effet surprise très comique. Cet homme a quelque chose d’un clown blanc. Très sérieux et très drôle. Et je suis là, à guetter le deuxième saut de chat, qui arrive. Avec toujours ce sérieux et son air de comptable bien sous tous rapports, il fait son saut de chat ou son saut de cabri, ou  son saut de brebis. Comme vous voulez. Mais il est indéniablement comique. Et le comique vient de la surprise, du décalage, du contraste entre l’homme très, très sérieux, et de la fantaisie de son saut. Et de ce qu’on ne s’y attend pas du tout !

Plongée sensorielle au cœur des souks de Marrakech

Photo 097'Dépaysement ! Instant magique ! Quand les yeux ne savent plus où se poser tant il y a  de choses à voir, quand les sens sont en alerte, quand l’odorat est excité, quand le corps est en mouvement, et ne peut plus qu’aller de l’avant.

Les ruelles étroites et sombres, les toutes petites échoppes, les vendeurs d’épices, de viande, de pâtisserie, de poteries, de cuir, de sacs, de lampes, de métal ajouré, de bijoux, de tapis, les étals de légumes, les volailles,  les femmes en burka, les femmes voilées, les femmes en moumoutes léopard, les hommes en burnous, les hommes habillés à l’occidental, les portes bleues, les mobylettes, les vélos, les ânes et leur carriole,  les chats partout, les odeurs rances ici des tanneurs, parfumées là des herboristes, les couleurs magnifiques de la laine tressée, le treillis des toits.

Tellement de choses à voir. S’imprégner de ces nouvelles images, de ces nouvelles odeurs. On peut se perdre dans la Médina de Marrakech, dans tous les sens du terme. Se perdre au détour d’une rue, tomber sur un Riad ou hôtel splendide, qu’on pouvait à peine deviner derrière la porte. Se perdre dans ces ruelles étroites, ne plus savoir où regarder, au sol, au ciel, se faire klaxonner par un vélo, ou un scooter qui arrive en trombe-le piéton n’est jamais roi ici- se faire héler par un marchand de poterie, ou de bijoux. Se perdre quand tradition et modernité se télescopent.

Les toutes petites boutiques des tailleurs, les forgerons, les tanneurs, les réparateurs de scooters qui tiennent dans des carrés de un mètre sur un mètre. Se perdre, les sens sens dessus dessous. L’odorat assailli par les parfums enchanteurs du musc ou de l’ambre noire, puis dégoûtés par les odeurs vives du travail des tanneurs, les yeux enchantés par les mille couleurs des poteries, des épices, ou agressés par les étals de viande à l’air nu. Le corps bousculé ici, coincé dans la foule là.

Et lorsque enfin, on trouve le chemin du retour, quand la rue s’élargit vers une place, quand l’on retrouve les terrasses de café à l’occidentale, on a peine à imaginer que là-bas, à deux ruelles de là, tout ce petit monde vit et travaille. Toutes ces images d’un autre temps. Un petit monde laborieux, d’hommes et de femmes, qui auraient échappé à la modernité.

Le monde…Sens dessus dessous

Difficile de ne s’intéresser qu’aux petits instants volés, lorsque le monde dans lequel nous vivons semble partir en vrille.

Août-Sept 2014: l’Ukraine, la guerre à Gaza, la guerre en Irak, les chrétiens d’Orient assassinés, et forcés de prendre la route,  les difficultés du gouvernement français, et la menace nationaliste. Puis, devant la barbarie du soi-disant état islamiste, la nécessité pour l’Occident de faire quelque chose, d’où une coalition des états occidentaux, et la menace à l’horizon d’un conflit généralisé. Sans parler de ces jeunes français, de ces familles qui prennent le chemin du Djihad. Sans parler des effets désastreux de la crise économique un peu partout dans le monde. Sans parler des dérèglements climatiques, qui créent son lot de catastrophes.

Il y a quelque de chose de fou dans tout ça. Comme si tout d’un coup, le monde était emporté dans une spirale de violence. De plus en plus rapide. De plus en plus folle. Comme si inéluctablement, nous nous dirigions vers un troisième conflit mondial. Comme si bien malgré nous, toutes les conditions étaient réunies pour une catastrophe de grande ampleur.

Difficile de ne pas s’inquiéter un peu, un tout petit peu. L’Occident semble parfois un peu faible, un peu impuissant, un peu hésitant devant la menace terroriste, et les graines de terroristes qui germent sur son sol. Comme s’il n’avait pas assez de problèmes à résoudre.

Et nous nous battons au quotidien pour notre subsistance, et nous menons vaille que vaille notre petit bonhomme de chemin avec ses grandes joies et ses grandes tristesses. Difficile cependant de faire abstraction de ce monde dans lequel nous vivons, de ces images du monde, dont nous sommes témoins, et qui nous laissent dans la bouche un goût amer. Le fait même d’être témoin sans pouvoir rien faire peut conduire à des attitudes différentes: l’indifférence pour se protéger, l’action (mais quelle action ? donner de l’argent à une ONG par exemple, militer dans une association ?), mais le plus souvent, c’est le sentiment d’impuissance, qui est le plus fort, et qui casse toute vélléité d’action. Le ‘A quoi bon ?’ règne. Et l’on pousse le bouton ‘Arrêt’ de la télévision, parce qu’on sature de cette information, parce que dans l’absolu, on aimerait agir, on aimerait aider ces frères d’humanité, à quelques milliers de kilomètres, mais qu’on ne sait pas comment agir, ou parfois quel parti prendre. Mais faut t-il prendre parti, quand ce sont des populations civiles qui sont prises en otages par leurs gouvernants ?

S’intéresser aux petits instants volés est une activité de temps de paix, mais de plus en plus, malheureusement, nous entrons dans un temps de guerre, et cet intérêt pour les petites choses paraît bien vide face aux évènements qui s’annoncent.