Marelle, de la terre au ciel, version papier

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https://www.amazon.fr/Marelle-terre-ciel-Fabienne-Prost/dp/1522077162/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1504984323&sr=8-1&keywords=marelle%2C+de+la+terre+au+ciel

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Hymne au rire

Le rire en soi

Avoir un grand éclat de rire dans le corps. Parfois, il ne se montre qu’à la commissure des lèvres, parfois, il vous ébranle entièrement comme un tremblement de terre intérieur. Le rire, comme une respiration, le rire, comme une jouissance. Le rire comme un exercice de santé pour le corps et pour l’esprit.  Le rire dans les yeux.  Comme une allumette qui peut déclencher l’incendie. Le rire qui nous sauve. Avoir toujours un rire dans sa poche, au cas où.

Le rire avec l’autre

Quand son rire rencontre le rire de l’autre. Comme un clown blanc rencontrerait son auguste. Deux faces de la même pièce. Avec certains, la connexion se fait par le rire. La longueur d’ondes du rire, comme une mystérieuse alchimie qui fait des étincelles entre les êtres. Et l’on rit avec cette personne ‘de tout son coeur’, comme on pourrait jouir avec elle. Comme on pourrait danser avec elle. Le rire avec l’autre comme une petite danse des corps, une danse du diaphragme. Danse de l’esprit aussi. Le trait d’humour ricoche de vous à l’autre comme des petits cailloux sur l’eau, et vous ébranle.

Le rire impromptu

Merveilleuse connexion que le rire, qui peut réunir les êtres, même les plus éloignés, qui peut ‘rompre la glace’, qui peut faire qu’une rame de métro avec ses anonymes et ses visages inexpressifs tout d’un coup s’anime, s’embrase, et éclate de rire. La vie alors se réinjecte dans les visages, dans les corps. C’est toujours merveilleux ces petits imprévus de la vie dans un bus, dans une rue, dans un bureau, dans un endroit où des gens, qui ne se connaissent pas ou qui parfois ne veulent pas se connaître partagent un grand éclat de rire, survenu comme ça, par accident.

Mille et un rires

Le rire comme un souffle de vie, le rire comme une détente, le rire comme l’expression de son être profond. Il y a mille et un rires. Le rire cristal, le rire timide, le rire tonitruant, le rire comique, le rire coincé, le rire hoquetant, le rire étouffé. Mille et un rires comme mille couleurs de l’arc-en-ciel. Le rire nous ébranle, le rire nous bouge, le rire nous trahit, le rire nous révèle, le rire nous réveille, le rire nous relie, le rire nous délie, le rire pallie au langage parfois. Merveilleuse expression que le rire !

Le rire émotion

Le rire comme une expression des sentiments. De la joie, certes, mais pas que. On peut rire dans les pires moments, on peut rire dans les moments les plus intimes. Le rire peut être l’expression de toute une gamme de sentiments, des plus simples aux plus complexes. On peut pleurer de rire. Passer du rire aux larmes. Le rire peut aussi nous sauver dans les pires situations. On peut mourir de rire-quelle belle mort !- dans tous les sens du terme. Quand pour ‘faire la nique’ à son oppresseur, le ‘prêt-à être fusillé’ part d’un grand éclat de rire ! Le rire alors est plus fort que la mort !

Empreinte d’un voyage

Images fugitives. Que reste t’il d’un court voyage trois semaines après ? Des petits riens: un sourire glané-là, un geste ici, quelques mots entendus ici,  une scène insolite là. Pas grand-chose, en fait. On retrouve vite son quotidien, et ses habitudes, mais il y a quand même une empreinte du voyage, qui parfois se fait même à notre insu.

Avoir découvert une autre culture, avoir été plongée dans un autre bain culturel, une autre langue, dans une autre lumière, d’autres sons, d’autres bruits, d’autres odeurs, malgré soi, et particulièrement si on est sensible, le voyage a déposé sa trace. Même si on ne s’en rend pas compte tout de suite. C’est pourquoi c’est si essentiel de voyager. Cette ouverture sur le monde, cette ouverture des yeux, cette ouverture du coeur. Des préjugés, des barrières tombent. Un appétit pour le monde, pour une culture, pour un pays s’éveille. Naissance d’une curiosité.

Et si je me replongeais dans ces images fugitives, qui à l’heure d’aujourd’hui, en y repensant me font sourire.

Une terrasse de café ensoleillée dans la Médina de Essaouira. Un groupe de musiciens traditionnels tout de blanc vêtus avec leurs instruments, et l’un d’eux attire particulièrement mon attention. Lui s’occupe du tambourin. Il est vêtu de cet ensemble masculin-sorte de robe et pantalon-blanc, d’une petite toque rouge, et de grosses lunettes rondes à doubles foyers. Il est très sérieux. Les quatre hommes jouent cette musique, qui nous est destinée à nous les touristes, paressant sur cette terrasse, et toutes les trois-quatre minutes, ils font un petit pas de danse latéral, comme s’ils glissaient sur un tapis roulant sur leur droite puis sur leur gauche. Cela a quelque chose d’étonnant et d’assez drôle en vérité. Une petite chorégraphie exécutée mécaniquement et très, très sérieusement, sur un espace vraiment rikiki, la plupart du temps entre deux chaises.

Quand l’homme très sérieux avec sa petite toque rouge, ses grosses lunettes rondes et son tambourin fait un petit saut de chat lors de cette chorégraphie, cela crée un effet surprise très comique. Cet homme a quelque chose d’un clown blanc. Très sérieux et très drôle. Et je suis là, à guetter le deuxième saut de chat, qui arrive. Avec toujours ce sérieux et son air de comptable bien sous tous rapports, il fait son saut de chat ou son saut de cabri, ou  son saut de brebis. Comme vous voulez. Mais il est indéniablement comique. Et le comique vient de la surprise, du décalage, du contraste entre l’homme très, très sérieux, et de la fantaisie de son saut. Et de ce qu’on ne s’y attend pas du tout !

Au fil de la pensée

Au fil de l’eau, au fil de la pensée..

Vacances sous la pluie, joli, joli…Il faut aimer la pluie comme on aime le soleil, lorsqu’on vit dans une région ‘arrosée’. Juillet sous la pluie et les orages. Ce Juillet là a un petit air de septembre, qui n’aide pas non plus à se mettre en ‘mode vacances’.

Remisées les jolies robes d’été, les chaises longues au soleil, les repas sous la treille, le farniente propre à l’été…et qui même si vous n’avez pas la chance de pouvoir sortir de votre cadre quotidien vous permet de vous sentir ‘en vacances’, des vacances à la maison, quoi. Surtout lorsqu’on vit à la campagne.

Mais parfois, on ne voit plus la beauté des choses qui nous entoure. Il faut ce dépaysement, il faut cette fraîcheur des yeux pour retrouver la beauté, là où on ne la voit plus. Parce qu’elle est notre environnement quotidien, l’environnement aussi de nos soucis, de nos batailles quotidiennes, et le lieu finit par être pollué par ce que l’on vit. Amalgame d’un paysage et d’un épisode de notre vie.

Paris, ville où j’ai vécu vingt ans, et que j’aime infiniment est une ville à jamais ‘polluée ‘ par mes années de galère d’aspirante-comédienne. Il y a des rues, des quartiers, qui lorsque je les traverse encore aujourd’hui me donnent des coups de poing, et me ramènent immédiatement à une émotion très forte vécue telle année, et à tel endroit. Une ville, à jamais associée à ma jeunesse, et à mes premiers amours, mes premiers espoirs, mes folles espérances, et à mes premiers deuils.

Deuils de ses illusions, deuil d’un homme aimé, deuil d’une partie de soi-même, où pour avancer, il faut enlever une première peau,  puis une seconde, puis une troisième, etc…Muer comme les serpents. Abandonner une première peau, pour renaître dans une seconde peau. Renaître à soi-même, et aller vers d’autres ailleurs, et  vers un autre cycle. Apprendre à abandonner, à lâcher, à grandir. La vie est faite de plein de petits deuils, et heureusement aussi, de plein de renaissances.

Vacances sous la pluie, joli, joli..

Au fil de la pensée, pas toujours gaie, qui s’égoutte comme l’eau du ciel, qui suit la canalisation, qui s’ébroue dans une flaque d’eau ou qui se déploie sur le sol.

 

Atmosphères

Boomerang

Une sonnette, non deux, non, trois, non, quatre.. En fin, des dizaines, ou plutôt des centaines, ou plutôt des milliers retentissaient se réverbéraient et se multipliaient au fond de son crâne. Qui avait allumé l’incendie qui se propageait ainsi de neurone en neurone dans son canasson de crâne ? Qui avait déclenché l’alarme de son Moi morcelé ?

Etait-ce la vue de ce boomerang maori entraperçu tout à l’heure dans la vitrine, l’arbre de pluie, ou l’ukulélé qui avait allumé l’étincelle, ces images-objets réminiscences d’un autre temps, d’une autre vie, lui qui, se vantait d’en avoir cent ? Il pouvait bien en avoir cent, lui dont la force créatrice exceptionnelle explosait en couleurs, et en formes diffuses sur les toiles des murs de son atelier.
C’était si comme tout d’un coup les fantômes magnifiques de ses toiles étaient descendus en même temps dans son crâne, et venaient l’assaillir de leurs histoires, de leurs bruits et fureurs, de leurs cris et chuchotements, comme si son crâne s’était mué en un terrible hall de gare.
En cet instant, lui, le minotaure magnifique avait l’allure d’un gastéropode. Prostré. Recroquevillé dans un coin de l’atelier, les yeux hagards, l’une de ses mains tentait vainement de boucher l’une de ses oreilles, tandis que l’autre s’accrochait désespérément contre un pilier. Non, il ne se lèverait pas. Non.
Il savait. Il savait confusément qu’il fallait attendre. Attendre que le calme revienne. Attendre que le hall de gare se vide, s’il ne voulait pas sombrer complètement. S’il ne voulait pas se jeter contre les murs. S’il ne voulait pas céder à la panique, et à la destruction totale.

Consonnes

Consonnes gigantesques montées sur des pattes d’éléphant, le mot ‘F ck ff’, délesté de quelques lettres, mais furieusement animé de vie pilait avec rage les voyelles U et O, qui se tordaient de douleur sur le sable dans un fracas de verre brisé, et autres sons non identifiables. Puis une longue sonnerie, aigue, interminable, aussi insupportable qu’une sirène de pompiers vint déchirer la dernière image de son rêve. Le signal. C’était son casque électronique qui bipait, et le sortait maintenant de sa torpeur. In extremis. Comment avait t-il pu s’assoupir, là dans cette rizière, les genoux à moitié ensevelis dans la terre et son arme à la main ?

Amitié !

-Amitié ! lui lança t-il ironiquement en buvant cul sec un verre de vodka, à deux centimètres de son visage.

Les yeux du cosaque étaient loin d’être amicaux lorsqu’ils se posèrent sur la serpette accrochée au bas du mur, derrière lui -il l’avait vue en entrant dans la pièce- et il pouvait craindre le pire avec ce fou. Le visage de son bourreau, aux zygomatiques figés dans un sourire sarcastique ne lui faisait pas plus peur que ça. Après ce qu’il avait déjà enduré, étrangement, il se sentait plus fort que jamais.  Il avait le goût du sang dans la bouche. Il savait maintenant que si la situation se retournait en sa faveur-sa main était bientôt libérée du lien qui l’avait maintenu ligotée pendant des heures- il le tuerait. Lui, le pacifique se sentait maintenant la force de tuer.

La Diva

Chanteuse aux aigus flamboyants, au merveilleux contre-ut, dont la puissance pouvait briser des verres de cristal ou des vitraux de cathédrale. Chanteuse-Diva-Déesse, que certains portaient au pinacle, révéraient, adoraient. Pour la magie de sa voix, et de ses pouvoirs.

La vie a toujours ses revers, même pour les déesses de chair et d’os. Celle qu’on appelait la Diva, ou la Voix vit sa gloire sombrer, et dans ses dernières années sur scène, on l’affubla même de petits noms d’oiseaux comme ‘passoire’, ‘Castafiore’…Et même de ‘paratonnerre !’

Et pourquoi cela ? Parce qu’elle avait sans doute un peu, beaucoup perdu de la qualité de sa voix, que ses beaux aigus avaient disparus, et qu’ils vous irritaient plus les oreilles, qu’ils ne vous enchantaient. Quelques nodules dans ses cordes vocales avaient fait un ravage, mais elle ne souhaitait pas renoncer à la scène.

Coûte que coûte. On aurait pu croire qu’elle s’accrochait au plateau. Cette extase particulière de la scène, elle ne pouvait s’en passer, et elle était prête à supporter beaucoup d’humiliations pour rester à jamais sous les lumières. Elle finissait par ressembler au barde d’Astérix, qu’on saucissonnait à coups de mots vengeurs pour pouvoir la faire taire. Cruauté que la vie qui vous encense un jour, et qui le lendemain vous met plus bas que terre.

Une visite singulière

Vipère ! lui susurra une drôle de voix à son oreille, au moment où elle avait posé le joli bibi sur sa tête. Elle se retourna pour voir d’où venait le fiel de ces paroles mais ses yeux ne rencontrèrent que sa propre image affolée, reflétée par le grand miroir XIXème. Etait-ce le miroir qui avait parlé ? Cette impression d’étrangeté, qui ne l’avait pas quitté depuis qu’elle avait franchi le seuil de ce manoir avait atteint son climax, et elle ne se sentait plus la force de continuer. Elle rangea vite le bibi dans la malle, d’où elle l’avait sorti, et dans sa précipitation, son manteau s’accrocha à la charnière de celle-ci. A nouveau, la voix lui susurrait : -sale roturière ! Elle sursauta, se retournant pour voir d’où venait cette voix, mais dans la pénombre qui commençait à descendre sur la pièce, elle ne pouvait voir que les masses informes des meubles recouverts de toile de protection. Elle était complètement affolée, et la manche de son vêtement restait toujours prisonnière de la serrure. Comment…

Brune est la nuit

Brune est la nuit quand les loups sont de sortie. Rien ne les arrête.
Sur la piste de tes insomnies, dansent les loups et leur charivari. Rien de bien synoptique. La main s’arrête. Pause. Juste être à l’écoute du chant des loups en soi. Entre nuit et jour. Quand l’aube se montre timide, quand la nuit et la ville prennent des allures fantomatiques. Se laisser hanter par les esprits, par ce peuple de la nuit, invisible, aérien, qui parfois, tu le sens te visite.

Dis bonjour à la dame !

Serpillère. Couleur serpillère. C’était là le mot que je cherchais. Que j’avais au bout de la langue. Avec sa robe couleur serpillère, et sa coiffure ‘animale’- je ne savais pas si c’était un petit roquet ou une tête de cerf empaillée qu’elle portait en guise de chapeau, elle me donnait à chaque fois l’envie de crapahuter dans les toilettes sous n’importe quel prétexte, et de fermer la porte, et surtout la serrure à double tour. Mais non, je devais ‘dire bonjour à la dame’, et toutes mes tentatives de reculade étaient vaines. Sous l’œil noir de mon père, ‘le grand ordonnateur’ de la famille, je n’avais pas intérêt à me défiler. Et du haut de mes sept ans déjà, j’obéissais en maudissant tout bas toutes les règles de politesse, et autres règles stupides, qui vous contraignent à faire des choses que vous détestez.

L’apprenti guide

C’est Nak le  rouge, le plus sanguinaire des barbares, qu’on appelait aussi ‘Barbe Bleue’ qui  fit édifier cette petite chapelle en l’an 1000 de notre ère sur  ce promontoire. Il paraît que c’est en écoutant un concerto de Bach,  Ante mortem qu’il eut cette  brillante idée, et l’édification de cette merveille architecturale eut lieu peu de temps après sa mort.

Son fils Bullik, aussi sanguin  qu’une orange  consacra sa courte vie à la  réalisation de cette charmante chapelle. Il fit capturer des marins corses errant  à cette époque sur les eaux de la méditerranée, qui furent réquisitionnés pour la construction de la chapelle. Ce n’étaient pas des maçons. C’est pourquoi, on remarque ça et là quelques incongruités dans la nef. Remarquez la vierge, avec ses seins dénudés qui ressemble beaucoup à une proue de navire !  Notez qu’il leur fallut au moins cinquante ans pour  la finir. En effet, toutes les deux heures ils se réunissaient  en cercle pour chanter en chœur  à la gloire de  la déesse de la mer, et c’est ainsi que sont nés les chants polyphoniques corses.

-Dis donc, je ne suis pas féru en histoire, mais j’ai l’impression que notre fils ne l’est pas beaucoup plus !

– Chut ! Il s’entraîne pour son examen de guide !

Cancan

« Chaloupe orageuse » ou « cancan », me susurra t’elle à l’oreille. Je m’étais laissé entraîner dans cette furieuse danse à la suite de ma danseuse, et mon corps  depuis peu à ma ‘tête défendante ‘ se balançait étrangement d’avant en arrière, d’arrière en avant sur le rythme de la musique, qui s’était insinuée en moi et serpentait dans mes veines jusqu’à la pointe de mes pieds. Mon grand corps dégingandé et vieilli défiait le temps en ce moment même, retrouvait pour quelques instants la pétulance de la jeunesse.  Au rythme de ses pas. Au rythme de son corps. J’étais devenu un drôle de hochet dans ses mains sur cette piste improvisée, et mon corps entre les chaises du café se désarticulait comme jamais. Que ne ferait t’on pas pour des beaux yeux de charbon ?

Je redoutais le moment où la magie allait flancher…

Don Quichote ‘revisité’

-En avant Pat ! Tu les vois là-bas, les ailes du moulin ?

– ???

– On va y arriver, mon gars. Ils nous prenaient pour des idiots, moi, avec ma Rossinante, et toi avec ton âne, mais on n’est pas si sots ! si ! Oh ! Pat ! On y est arrivé ! Traversé toute cette  putain d’Espagne sous les quolibets, mais on l’a fait ! On est digne de nos héros bien aimés ! Tu m’entends ?

L’autre ne répond pas. Rouge à crever. D’un coup, il tombe. A côté de son âne. Raide. Mort ?

-Pat ! Mon Pat ! Oh !

Il se laisse tomber de son cheval aussi efflanqué que lui-même. Plus mort que vif, asséché, assoiffé, il se rapproche du corps de Pat, étendu aux pieds de son âne. C’est son portrait inversé. Aussi gros qu’il est maigre, aussi rouge qu’il est blanc livide.

Le choc de l’émotion provoque chez lui une logorrhée verbale un peu décousue.

– Pat ! Mon, mon gros Pat ! Tu ne vas pas me laisser tomber ! On est arrivé ! On l’a fait ! Tu ne vois pas là-bas le moulin ? Ma dulcinée là-bas  nous attend. Elle nous attend mon gros Pat avec du chocolat chaud et des croissants. Ahhhhhhhhhhhhhh ! Putain d’arbre à Came ! En berne ! Baissez les drapeaux ! Non, de merde ! Vous ne voyez pas qu’il est mort ! Ahhhhhhhhhh !

Il se trémousse au-dessus de l’autre, qui n’en peut mais. Tout d’un coup, un des bras de Pat se redresse, droit comme une canne, nu, ‘lardant’ l’autre d’un coup de poing magistral qui l’assomme, et sa voix d’outre-tombe lance un :

–              Tiens, ça c’est pour toi ! Quichote de mes deux !  Tu vas arrêter tes conneries maintenant, t’as compris ?

 

Petits textes nés sous la contrainte de l’atelier d’écriture. (mots imposés, ou mots incrustés par syllabes.)

Les aléas de l’inspiration

 

Ecrire sur …rien, ou plus exactement sur les petits riens de la vie, qui mis bout à bout dans une journée font un tout. Quand l’inspiration ne vous guette pas, comme un chat son oiseau, mais plutôt quand elle vous tombe dessus. Comme un pot de fleurs du 3ème étage.

Et toujours au pire moment, quand vous êtes au volant, et qu’en arrivant dans un parking vous emboutissez l’arrière train de la voiture avant-un phare arrière cassé-, qu’en reculant, vous arrachez votre rétroviseur, et que vous êtes déjà là à maudire ‘cette journée de merde’ qui commence super mal, là, vous avez une super idée, l’Idée, la brillante idée, qu’il faudrait à tout prix noter pour ne pas oublier, mais déjà arrive le propriétaire furieux de la voiture, que vous avez abîmée, et comme vous êtes légèrement, un peu coincée…il va falloir l’affronter. D’autant plus que ‘mal barrée’ comme vous l’êtes, encore une marche arrière, et c’est une deuxième voiture que vous emboutissez, et un deuxième rétroviseur que vous arrachez. Donc, sortir un petit carnet à ce moment là, et noter l’idée de passage-en plein vol –autant dire que c’est absolument impossible.

Petit numéro de charme passé-il vous reste encore ça !- la voiture désengagée par le Monsieur, qui s’est calmé, va savoir pourquoi et qui a bien voulu faire le créneau à votre place, finalement vous ne vous en êtes pas trop mal tiré- un phare à rembourser-vous quittez ce ‘p…..’ de parking, où vous n’auriez surtout dû pas mettre les pieds, et bien sûr la belle idée s’est envolée, elle s’est fait la malle, la pie voyageuse, et vous renoncez à votre rendez-vous d’Urssaf. Une prochaine fois. Pas trop d’épreuves à la fois !

Et bien plus tard, dans la soirée, quand vous vous retrouvez face à vous-même, quand les yeux sont sur le point de se fermer, Cling-Cling-Cling, l’idée sur son beau cheval blanc revient au galop. Libre à vous de vous endormir dessus, vous en rêverez, et vous la retrouverez encore plus fraîche demain matin, ou alors, rantanplan, vous essayez d’attraper le stylo, là-bas, derrière la pile de livres, mais il faut d’abord tendre le bras, escalader l’oreiller, et plaf, la lampe de chevet qui tombe, et plong, le verre d’eau qui se déverse sur le livre à terre, et patatras, vous vous prenez les pieds dans la couette. Plongée par terre, la tête la première ! Lorsqu’à moitié assommée, vous revenez à vous-même, là, vous vous dites : ‘Bon, finalement ! Il y a des jours, où mieux vaut les laisser passer les idées, brillantes ou pas !’ La bosse, qui vient de me pousser sur le front va en faire pousser de nouvelles, je l’espère, et un peu moins dangereuses !

The End.