Nous sommes tous des Charlie

Quel début d’année ! Quelle tragédie ! Quelle perte ! Attentat à la démocratie, à la liberté d’expression avec cette tuerie de Charlie Hebdo. Des kalachnikovs contre des crayons ! Des Innocents tués, parce qu’ils font leur métier de satiristes ! Et des génies du crayon !  Quel émoi ! Quelles émotions traversées depuis le 7 janvier, jusqu’à son épilogue aujourd’hui avec la mort des tueurs, sans compter les nouvelles victimes d’aujourd’hui, tuées par antisémitisme.

Quel gâchis aussi que ces jeunes français qui se transforment en barbares ! Beaucoup d’innocents tués à cause d’idées folles, à cause de l’endoctrinement, de la haine. C’est terrifiant comment on peut basculer si facilement du bien dans le mal, et comment sous couvert de la religion, on peut commettre impunément de tels meurtres !

La guerre, elle est bien là aussi, sur notre territoire. Ce qui est affolant, c’est qu’elle est menée par des jeunes français, endoctrinés, qui deviennent les bras  des extrémistes  les plus fous, dans les pays les plus lointains.

C’est pourquoi ce vaste élan des français, et du monde entier -tous debout face à la barbarie et à la bêtise- tous debout pour crier que la liberté d’expression ne doit pas se laisser abattre, que nos valeurs, qu’un certain esprit français incarné  par Charlie Hebdo, et ses satiristes, anar, libertaires ne doit pas se laisser bâillonner, est rassurant. Tout d’un coup, nous réalisons ce qui nous lie ici et ailleurs dans les sociétés occidentales : nous sommes tous des Charlie. Nous allons devoir nous battre comme l’ a fait Charlie Hebdo face aux extrémistes pour défendre nos valeurs citoyennes, pour que vive la liberté d’expression, et pour ne pas plier sous la peur, le terrorisme, et les possibles attentats à venir, ne pas céder non plus aux amalgames, ne pas nous diviser, ne pas faire que la haine sous toutes ses formes se propage.

 

 

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La mort, une effraction

La mort entre souvent dans nos vies par effraction. Brutalement. Comme une voleuse. Qu’il s’agisse de la mort de nos proches, ou même la mort de moins proches.

Comme cette jeune femme croisée à plusieurs reprises dans le cadre d’activités professionnelles. Une jeune femme au bonheur insolent, joyeuse, en bonne santé, et qui avait jusque là bien mené sa vie : une vie professionnelle riche, une jolie famille avec trois enfants, amoureuse de son mari, appréciée par ses amis, ses voisins, douée pour l’art de la poterie, en un mot douée pour la vie. Lumineuse. Presque arrogante de bonheur.

Et puis un mot. ‘Maladie orpheline’. Qui tombe un jour, comme ça, du jour au lendemain. Et tout d’un coup, le corps qui ne répond plus aussi bien. Le cœur, qui dit-on se met à grossir étrangement, comme le poumon-nénuphar de Chloé dans l’Ecume des jours. Et six mois après, la mort l’emporte. Laissant un grand vide derrière elle, un grand déséquilibre dans sa petite famille, et beaucoup de stupeur parmi ses proches et ses moins proches.

Comment la vie peut t’elle nous être reprise aussi vite qu’elle nous est donnée ?
Un jour, on ouvre les yeux : on est vivant, et commence le long apprentissage de la vie. Un jour aussi, on ferme les yeux, mais de ce jour là, on n’en est rarement maître, et tant que la maladie ne nous a pas vraiment atteint ou si peu, on peut presque se croire ‘immortel’. La mort repoussée ‘aux calendes grecques’. On croit avoir tant d’années, tant de temps devant soi…

Et puis, tout d’un coup, la mort frappe comme ça, brutalement, quelqu’un qu’on a peu connu, mais qui était ‘l’image du bonheur’, l’image de la femme épanouie dans sa vie. Une femme un peu agaçante parfois, comme tous ceux qui sont doués pour la vie, qui ont cette confiance incroyable en eux-mêmes et en la vie, ce qui leur donne d’ailleurs la capacité de tout réussir. Mais l’on ne peut s’empêcher de penser que c’est injuste. Pourquoi elle ? Pourquoi à 43 ans ? Pourquoi cette personne lumineuse et créative ? Et pourquoi pas ?

La mort est inexplicable. Elle est comme un rocher qui vous tombe dessus. Dure. Abrupte. Mais parfois, plus encore pour ceux qui la vivent par contre coup. Qui doivent surmonter la disparition de la personne décédée. Se reconstruire. Retrouver un nouvel équilibre. Faire avec ou plutôt sans. Combler le, les vides.

Surmonter le deuil, et se projeter à nouveau dans la vie sans l’autre. Sans celui ou celle qui a fait partie de notre vie. Réapprendre à vivre seul(e), c’est comme réapprendre à marcher. Lorsqu’on a vécu quelques années ou de nombreuses années à deux, il faut ré-apprivoiser son ‘Un’. Pour le meilleur et pour le pire. Souvent d’ailleurs, pour le meilleur. Comme si celui-ci s’était parfois un peu trop dilué dans le ‘Deux’.

La mort, une effraction. La mort de cette jeune femme, que j’ai peu connue, mais dont la nouvelle de la mort m’a frappé de stupeur. Réactivant sans doute une autre mort, un autre deuil, proche celui-là. La mort, qu’on trouve toujours injuste. Comme si on nous avait retiré la meilleure partie de nous-mêmes.

Et qui réveille en moi la petite fille colérique qui tapait du pied dans les cartons, lorsqu’elle n’avait pas ce qu’elle voulait. On ne peut pas taper du pied dans la mort comme dans un carton. On peut ‘rager’ certes devant cet incroyable mystère, mais on est obligé de ‘faire avec’. Faire avec l’absence. Faire avec la mort, comme on fait tous les jours avec la vie, qui n’est pas toujours ‘un long fleuve tranquille’, ni une partie de plaisir.

Ces poissons qui volent

Ballon ancien-image du net

Ballon ancien-image du net


Image du net

Image du net

Ces deux images qui n’ont pourtant rien à voir l’une avec l’autre ont en commun qu’elles titillent l’imagination, qu’elles sont porteuses d’imaginaires. Des récits pourraient naître à partir de ces images.

Vingt mille lieues dans les airs

L’une, ballon gonflable ancien à la structure ailée, fait penser à un poisson aérien, survolant un paysage de montagnes-ballon espion, ballon météorologique ?- dans une atmosphère un peu fantastique. C’est la magie de l’instantané vieilli qui lui donne ce caractère quasi irréel, et mystérieux. Il y a quelque chose des représentations futuristes de Jules Vernes, qui auraient trouvé là leur incarnation. Ce n’est pas vingt mille lieues sous les mers, mais vingt mille lieues dans les airs. Qui sait ? Peut-être que le ballon cache en son sein un capitaine Némo un peu fou, extravagant et tyrannique ?

Un poisson volant

L’autre aussi saisit un instant assez irréel ou surréel du présent. Insolite. Improbable. Quand un premier miracle a lieu, un rapace vole un poisson – une truite d’un bassin d’aquarium ?-, et que ô second miracle, le photographe parvient à capter ce moment là. Quand deux ‘improbabilités’ se rencontrent dans le même cliché. Cela est renforcé aussi par le mouvement capté dans l’image : sur le flou de l’arrière-plan, sur la façade se détache clairement le rapace en plein vol, ses serres tenaillant le poisson rouge, qui, lui semble d’une impassibilité totale. Quand les poissons volent…

La vie rêveuse ou la vie hyper réelle

Ces petites choses de la vie qui arrivent, qui bouleversent un peu le cours des événements, nous surprenant, nous réveillant en quelque sorte d’un quotidien routinier et qui, l’espace d’un instant nous font voir les choses autrement. Un peu comme si nous sortions d’un rêve, ou comme si nous entrions dans une autre dimension. Ces petits imprévus qui donnent tout le suc à la vie.

Le lapin d’Alice

Le lapin d'Alice, image trouvée sur Facebook

Le lapin d’Alice, image trouvée sur Facebook

Il y a des images qui vous poursuivent, ou qui se sont incrustées en vous si profondément dans vos lectures d’enfant, qu’elles resurgissent à un moment donné ou à un autre dans votre vie d’adulte. Tel le lapin blanc et sa montre courant contre le temps dans cet album d’Alice au Pays des Merveilles, que j’avais. Album quasi incompréhensible, car l’adaptation était plus que raccourcie, et c’était en fait un résumé du livre où l’on voyait Alice dans des situations étranges et incompréhensibles, mais sans aucun lien entre elles. Cet album-rébus malgré tout a mis à l’épreuve ma curiosité d’enfant, et ce qu’il m’en est resté, plus qu’une histoire avec un sens, ce sont des images. Des images fortes. Porteuses de sens, rétrospectivement.

Comme le lapin d’Alice. Ce lapin et sa montre, métaphore du temps qui passe ou métaphore de la vie. Ce lapin peu sympathique que l’on poursuit dans un terrier, et qui d’aventure en mésaventure nous emmène plus loin, toujours plus loin. Ce lapin toujours pressé, qui fait ou qui dit des choses incompréhensibles, c’est un peu le cours de la vie même, qui nous porte, qui nous emporte, qui nous fait vivre parfois des choses surprenantes, imprévues, illogiques, et qui fait le charme de la vie même ! Cette part d’imprévu que chaque jour peut contenir pour le meilleur ou pour le pire. Cette course contre le temps, qui va bien plus vite que nous. Inéluctablement.

Le lapin d’Alice, ou l’image intrigante, curieuse, où le sens ne se donne pas d’emblée- mais un lapin, ce n’est pas habillé comme ça !, mais un lapin, ça n’a pas de montre !- toute cette part d’absurde et de fantaisie qu’elle contient, avec la multiplicité de ses lectures possibles est un défi pour l’esprit, pour l’imagination, et une petite pierre dans la construction de son propre édifice, de son propre imaginaire-univers.

Le lapin d’Alice, ce n’est pas une madeleine de Proust, c’est plutôt une petite lumière qui s’allume dans la tête, un pétillement des yeux, un Eurêka ! , une étincelle de l’esprit, comme une petite porte qui s’ouvre en soi, une nouvelle façon de faire, de voir les choses, un hymne à la nouveauté et à l’intelligence, un délire de mathématicien ou de musicien ! Quand l’abstraction devient émotion ! Quand l’image nous nourrit et nous féconde.

 

Un article intéressant à découvrir sur Le lapin blanc, et ce que cela représente sur : popenstock : http://popenstock.ca/dossier/article/le-saut-hors-de-la-matrice-la-poursuite-du-lapin-blanc